Un ensemble de sépultures remontant au néolithique a été dégagé à Gougenheim lors des travaux de construction de la nouvelle LGV Est. Une découverte remarquable aux révélations troublantes.

A côté des tranchées de fondation, des bétonnières bruyantes et des empilements d’armatures métalliques rouillées, les grands chantiers de construction réservent parfois de belles surprises aux historiens. Creuser le sol c’est en effet aussi plonger au cœur du passé. L’histoire s’y conjugue sous forme de strates infinies et plus ou moins régulières. Et le hasard veut parfois qu’un nouvel immeuble ou le tracé d’une autoroute révèle la présence d’une occupation humaine antérieure.

Cette tombe datant du néolithique contenait trois corps, un fait rarissime pour l'époque. (Photo : Alix Gersende, Inrap)

Un ensemble exceptionnel de sépultures datant du néolithique récent (4.700 à 3.200 avant Jésus-Christ) a ainsi été mis à jour à Gougenheim, à une vingtaine de kilomètres de Strasbourg, lors de fouilles archéologiques menées dans le cadre des travaux de la deuxième phase de la LGV Est. Conduite par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) entre août et décembre 2009 sur un site de quatre hectares, cette campagne, dont les résultats n’ont été que récemment révélés, a permis de dégager une trentaine de fosses circulaires abritant au total 44 squelettes d’adultes et d’enfants. Ce chiffre important place ce site en tête des ensembles funéraires de la vallée du Rhin en ce qui concerne le néolithique récent.

Archéologie préventive

Largement développées ces dernières années, les campagnes d’archéologie préventive – menées sur des sites en réaménagement ou en travaux – sont néanmoins chaque fois de véritables courses contre la montre. Comme le dit si bien l’adage, « Le temps, c’est de l’argent », et les scientifiques, pressés par des impératifs économiques qui les dépassent, n’ont d’autre choix que de creuser, mesurer, photographier et étudier avec soin mais promptitude chaque nouveau site dégagé par les tractopelles et autres bulldozers ravageurs des chantiers de construction. Ces campagnes de fouilles accélérées présentent néanmoins l’avantage de préserver les traces de notre histoire, autrefois balayées sans hésitation ni compassion par les gigantesques mâchoires d’acier.

Selon Philippe Lefranc, archéologue à l’Inrap, le chantier de Gougenheim constitue « une manne pour la paléoanthropologie », notamment du fait de sa taille et de sa richesse. Les archéologues y ont par ailleurs fait un certain nombre de découvertes troublantes. Certains squelettes portent ainsi des traces de manipulations post mortem, une pratique inhabituelle à cette époque. Plus étrange encore, les corps ne sont pas non plus tous disposés de la même manière. Une configuration qui intrigue les spécialistes dans la mesure où il existait à cette époque des normes funéraires bien précises. « On ne faisait pas n’importe quoi avec les morts » qui étaient généralement inhumés en position fœtale, sur le flanc, parfois entourés d’objets, indique Philippe Lefranc. Pour couronner le tout, les fouilles ont révélé que plusieurs individus ont été inhumés dans la même sépulture, une pratique totalement atypique.

Deux ans d’études

Des vestiges d’habitation datant du néolithique ancien (entre -6.500 et -5.750), de l’âge du bronze (de -2200 à -800) et du premier âge du fer (entre -600 et -50) ont également été découverts ainsi que de nombreuses pièces dans un bon état de conservation comme des éléments de vaisselle décorée ou encore des objets métalliques. La campagne de fouilles est aujourd’hui achevée et les bulldozers ont remplacé les tamis et autres truelles. L’étude de ces nombreuses pièces devrait par contre encore s’étaler sur deux années supplémentaires. Avec, peut-être, de nouvelles découvertes à la clé.

Philippe Peter

France-Soir, vendredi 5 mars 2010

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