Albert Drandov et Franckie Alarcon abordent de manière originale le difficile et confidentiel sujet de la bombe atomique dans un album au récit poignant et bouleversant.

Enviée, désirée, controversée, la bombe atomique est avant tout un sujet qui fait peur. Il effraye par son pouvoir arrogant, pour l’instant jalousement protégé par les membres du cercle très restreint des puissances nucléaires. Il fascine aussi par le mystère qui entoure sa conception et son élaboration. Il horrifie, enfin, par les conséquences désastreuses de son utilisation, de manière opérationnelle (à Hiroshima ou Nagasaki) ou expérimentale.

La France célèbre cette année le cinquantième anniversaire de l’explosion de sa première bombe A, à Reggane, dans le Sahara algérien. « Hourra pour la France. Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière », écrivait le général De Gaulle dans son télégramme adressé aux hommes de la base atomique du sud algérien le 13 février 1960. Une opération suivie de beaucoup d’autres puisque la France aura au total effectué 210 essais nucléaires aériens et souterrains. Alors même que le spectre d’une guerre atomique généralisée semble s’être éloigné avec la chute de l’URSS, la force de dissuasion nucléaire française disposait pourtant encore en 2004 d’environ 350 armes atomiques dans son arsenal. Elle poursuit actuellement le programme de modernisation de ses vecteurs (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et missiles air-sol ASMP qui équipent notamment le Rafale).

Abordant ce thème délicat avec originalité, le scénariste Albert Drandov (Amiante, chronique d’un crime social) et le dessinateur Franckie Alarcon (Lovely trouble, Éric Tabarly) ont choisi de faire de leur bande dessinée un véritable documentaire illustré. Ils ont rassemblé les souvenirs des anciens acteurs des différentes campagnes d’essais nucléaires français, de Reggane à Mururoa, en passant par le désert du Hoggar et l’atoll de Fangataufa. Présentés sous forme d’histoire courtes, ces témoignages rendent le récit plus vivant, plus critique, sans toutefois tomber dans la caricature, même si le propos est à même de déranger les défenseurs acharnés de l’arme suprême.

Depuis la levée partielle du secret-défense, les langues de ceux qui peuvent encore rendre compte de ce qu’il s’est réellement passé se délient, révélant au passage une vérité bien éloignée de la soupe servie aux Français durant plus de quarante ans. Un hommage appuyé à tous ceux qui ont fait confiance à leurs supérieurs, qui ont œuvré pour l’honneur de la France et qui se sont finalement sentis trahis et abandonnés par leur patrie au nom de la raison d’État. Rythmée, intelligemment découpée et agréablement illustrée, l’œuvre de Drandov et Alarcon choque et révolte. Le sujet l’imposait.

Au nom de la bombe, Drandov et Alarcon, éd. Delcourt, 01/2010, 80 pages, 16,50 €

Philippe Peter

francesoir.fr

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