Créées il y a plus de quarante ans, les Tuniques bleues offrent toujours autant de gags et de rebondissements à leurs lecteurs. Le 53e album de leurs aventures, intitulé Sang bleu chez les Bleus, écorne une nouvelle fois l’armée et ses chefs.

A quarante ans passés, les Tuniques bleues font toujours parler d’elles. Une exposition rétrospective au festival de la bande dessinée d’Angoulême, un 53e album intitulé Sang bleu chez les Bleus et un ouvrage-hommage dans la foulée : la rentrée a été plutôt agitée pour Raoul Cauvin et Willy Lambil, les deux auteurs de cette série humoristique qui figure aujourd’hui au panthéon de la bande dessinée franco-belge.

Apparus pour la première fois le 29 août 1968 dans le mythique Journal de Spirou, le caporal Blutch et le sergent Chesterfield, deux sous-officiers de cavalerie de l’armée de l’Union plongés en peine guerre de Sécession (qui oppose, entre 1861 et 1865, les États-Unis, également appelés l’Union, aux États confédérés d’Amérique qui avaient fait sécession), ont pourtant connu des débuts difficiles. Quatre ans après leur naissance, le dessinateur Louis Salvérius décède brutalement, laissant inachevé le quatrième tome de leurs aventures, baptisé Outlaw. Willy Lambil accepte de lui succéder avec toutes les complications que cela suppose : « C’est très compliqué de reprendre une série, surtout dans ces conditions », se souvient, ému, Willy Lambil. « J’ai dû copier le dessin de Salvérius qui était un vrai copain ». Malgré ce drame, le nouveau couple fonctionne à merveille et les histoires se succèdent au rythme d’une par an en moyenne. Les deux auteurs baladent leurs héros aux quatre coins du continent nord-américain, de la Californie à New-York, en passant par le Mexique et le Canada. Chesterfield le patriote et Blutch le pacifiste, qui passe ses journées à préparer sa désertion, effectuent même une courte virée aux Pays-Bas, à la poursuite d’un puissant navire de guerre sudiste (in Duel dans la Manche).

54e album en route

La série humoristique séduit également par sa dénonciation virulente des horreurs de la guerre et son contexte très particulier, à savoir l’opposition entre les états sudistes, pro-esclavagistes, et ceux du Nord, abolitionnistes. Un sujet peu traité que Willy Lambil a voulu le plus réaliste possible : « Bien sûr c’est drôle, mais il ne faut pas oublier que c’est aussi une série historique », insiste-t-il. « Il ne faut donc pas faire n’importe quoi ». Au fil des années, le dessinateur rassemble une impressionnante quantité de documents et d’ouvrages qui l’aident dans son travail graphique. « Je veux dessiner les bons fusils, les vrais uniformes et éviter au maximum les anachronismes. Évidemment, l’erreur est inévitable et j’en ai commis plus d’une. On m’a par exemple reproché d’avoir dessiné des barbelés dans un des albums alors que cela n’existait pas à cette époque ».

Quarante ans et 20 millions d’albums vendus plus tard, les Tuniques bleues tiennent toujours bon, malgré la concurrence qui se fait de plus en plus rude. Et Cauvin et Lambil ne sont pas prêts de changer une recette qui marche. Leur dernière aventure se base donc, comme toujours, sur une anecdote authentique, en l’occurrence l’engagement de François d’Orléans, fils de l’héritier du trône de France, dans les troupes de l’Union. Et le 54e tome est déjà bien avancé puisque Lambil avait achevé la trentième planche juste avant de se rendre à Angoulême. « Il y a une vraie complicité entre Cauvin et moi », insiste-t-il, « même si nous avons connu une période de plusieurs années durant laquelle nous étions fâchés. Nous ne nous parlions plus ! Aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre ». A bientôt 74 ans, il confie ne pas se lasser de ses personnages et vouloir les faire vivre encore longtemps. « De toute façon, je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre ! ».

Sang bleu chez les Bleus, Raoul Cauvin et Willy Lambil, éd. Dupuis, 44 pages, 9,95 euros

L’hommage aux Tuniques bleues, Collectif, éd. Dupuis, 126 pages, 25 euros

Philippe Peter

France-Soir, jeudi 11 février 2010

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