Auteur de romans historiques à succès, Jean Teulé a commencé sa carrière artistique par la bande dessinée. Il a travaillé avec Philippe Bertrand à la transposition du Montespan en BD.

La foule s’impatiente en ce jour d’ouverture du festival d’Angoulême. Assis à une table, sur le stand surchauffé de son éditeur, Jean Teulé, modeste et discret malgré sa grande taille, nous raconte la genèse de l’adaptation en bande dessinée de son roman Le Montespan.

France-Soir : L’adaptation du Montespan vous donne-t-elle envie de vous remettre sérieusement à la bande dessinée ?

Jean Teulé : J’ai arrêté la BD il y a vingt ans lorsque je me suis tourné vers la télévision. Je ne pensais pas m’y remettre un jour. La mort de mon ami Charlie Schlingo m’a profondément marqué et c’est pourquoi j’ai réalisé avec Florence cette biographie-hommage (Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps, ndlr). En ce qui concerne Le Montespan, c’est totalement différent. Les éditions Delcourt m’ont demandé si j’acceptais de faire adapter mes romans en bande dessinée. J’ai dis oui, mais à condition de pouvoir choisir les dessinateurs. Quand on m’a proposé Philippe Bertrand, que je connais depuis l’âge de 25 ans, je n’ai pas hésité.

Comment s’est effectué le travail avec Philippe Bertrand ?

Il a tout fait, tout ça c’est grâce à lui ! Il me faisait voir comment il avançait, comment il comptait découper l’histoire et organiser le récit. J’étais quasiment toujours d’accord avec lui. J’ai parfois modifié certaines phrases et apporté quelques corrections, mais c’est tout.

Que pensez-vous du dessin très doux, presque enfantin, de votre acolyte ?

Contrairement au roman, qui est assez cru, il n’y a jamais de scène choquante dans la BD. Philippe y a mis de sa personnalité, il a donné une certaine forme de pudeur à mon histoire. Il a fait du marquis de Montespan un personnage plus romantique, plus attachant. Il a donné une autre lecture à cette histoire sans pour autant dénaturer mon livre.

N’est-ce pas dur de laisser un autre artiste s’approprier son histoire, ses personnages ?

J’ai accepté le deale. A partir de là, je ne me mêle plus de rien. L’auteur ne doit pas surveiller ceux qui retravaillent son œuvre. Dans ce cas, le résultat ne peut pas être bon.

Dans vos deux derniers romans, Le Montespan et Mangez-le si vous vous voulez, vous vous intéressez à des personnages au destin dramatique. Pourquoi ?

Ce sont des coups de cœur. Ce n’est qu’avec des personnages atypiques comme ceux-là que je me sens bien, que je peux écrire. J’aime raconter la vie de gens méconnus comme le marquis de Montespan. On connaissait son histoire à travers sa femme. Moi je voulais parler du mari.

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Je travaillais à l’écriture d’un nouveau roman, mais j’ai dû arrêter car cela ne plaisait ni à mon éditeur, ni à ma copine. Je travaille maintenant sur un autre projet mais les pressions sont de plus en plus importante. Mes romans se vendent bien alors j’ai comme un devoir de réussite ! Je pense aussi à écrire à nouveau quelques scénarios de BD, mais le dessin c’est terminé !

Heureux d’être présent pour ce 37e festival d’Angoulême ?

Bien sûr, je suis content d’être là. J’adore les dessinateurs de BD. Ce sont des gens très talentueux qui m’épatent toujours. Et puis je suis resté très copain avec Florence Cestac, Enki Bilal… Ce sont comme des frères et des sœurs pour moi.

Le Montespan, Philippe Bertrand et Jean Teulé, Delcourt, 112 p., parution le 17 février 2010

Propos recueillis par notre envoyé spécial à Angoulême Philipe Peter

France-Soir, lundi 1er février 2010

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