Le plus ancien acte d’amputation réalisé sur l’actuel territoire français remonte à près de 7.000 ans. Contre toute attente, le patient aurait survécu plusieurs années à son opération.

Les archéologues ont immédiatement été surpris par l'absence d'avant-bras gauche sur le squelette qu'ils ont découvert lors de fouilles à Buthiers-Boulancourt. Photo : DR

Des archéologues français ont dégagé le squelette d’un homme amputé de l’avant-bras gauche lors de fouilles d’urgence (en prévision de l’extension d’une carrière de sable) du site néolithique de Buthiers-Boulancourt, situé à une cinquantaine de kilomètres de Melun. Après de multiples examens, notamment à l’aide d’une reconstitution de l’os en 3D, une équipe d’anthropologues en est arrivée à la conclusion étonnante que cet acte chirurgical avait été pratiqué il y a environ 6.900 ans sur un homme âgé et édenté qui souffrait d’arthrose au moment de l’opération. Contre toute attente, ce patient préhistorique a survécu à l’opération comme l’atteste des signes de cicatrisation osseuse sur l’extrémité de l’humérus dont la section est très nette, preuve d’une amputation en règle. La plaie ne s’est par ailleurs pas infectée, signe « d’une maîtrise de la pharmacopée locale et d’une connaissance physiologique certaine », explique Cécile Buquet-Marcon, paléoanthropologue à l’Inrap. Dans la cas contraire, l’homme aurait vraisemblablement succombé à sa blessure. Les causes de cette amputation n’ont pas pu être déterminées, mais les chercheurs pensent qu’elle est la conséquence d’une blessure grave.

Si la trépanation est une pratique attestée dans l’Europe néolithique, seuls deux cas d’amputation avaient jusqu’à présent été recensés en Allemagne et en République tchèque. Cette découverte constitue donc le plus vieux témoignage d’acte d’amputation sur l’actuel territoire français.

Connaissances médicales avancées

Outre cette trace d’intervention chirurgicale rarissime, les archéologues ont été surpris par la largeur et la profondeur de la fosse, « taillée dans le calcaire ». De plus, « les objets et offrandes associés sont exceptionnels : un long pic en silex, une hache en schiste et un animal entier », explique la chercheuse qui précise que pour le néolithique « c’est la seule sépulture que l’on connaisse ». Ces détails incitent les historiens à penser que l’homme bénéficiait d’un statut privilégié. Chef de groupe ? Personne ne le saura jamais. Il semble néanmoins que les connaissances médicales étaient, il y a 7.000 ans, plus avancées que ce que l’on pourrait penser. Une certaine forme de solidarité vis-à-vis des handicapés semblait également s’être mise en place.

Philippe Peter

France-Soir, mardi 26 janvier 2010

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