Une entreprise bretonne va tester un nouveau procéder de valorisation des graisses de poissons et de charcuteries dans le but de produire du biocarburant pour les bateaux de pêche.

Produire du biocarburant à partir de déchets issus de l’industrie agroalimentaire ou halieutique (produits de la mer) sera bientôt une réalité. L’entreprise Le Floch Dépollution, implantée à Morlaix, va en effet tester un nouveau procédé de valorisation des graisses de poissons et des charcuteries dans une nouvelle usine implantée à Douarnenez qui devrait tourner à plein régime d’ici mi-2011. A terme, une vingtaine de petites unités verront le jour aux quatre coins de la Bretagne. Elles produiront toutes de l’Agrogasoil (entre 5.000 et 8.000 tonnes chacune par an, selon leur taille) qui sera utilisé en priorité par les bateaux de pêche, afin de réduire leur coût d’exploitation. « L’idée nous est venue durant l’été 2008 », se souvient Fanch Le Bris, directeur général du groupe LFP et chef de file du projet. « A l’époque, le baril de pétrole dépassait les 150 dollars, ce qui rendait les biocarburants compétitifs ».

400.000 tonnes de graisses

La Bretagne produit chaque année des milliers de tonnes de déchets alimentaires que les industriels bretons n’ont pour l’instant d’autre choix que de faire détruire. « Depuis l’arrêt de la fabrication de farines animales, le coût de destruction de nos déchets animaux sont très élevés », déplore François Ollivier, directeur général adjoint de Monique Ranou, une entreprise de charcuterie industrielle basée à Saint-Evarzec, près de Quimper. Rien qu’en 2008, l’entreprise a ainsi du débourser 465.000 euros pour se débarrasser de ses 5000 tonnes de graisses, couennes et os. « Il existe un énorme gisement de déchets riches en lipides qui est pour l’instant mal exploité », explique Fanch Le Bris. La France à elle seule produit plus de 400.000 tonnes de graisses animales chaque année. Quand on sait qu’avec « 2.000 tonnes de déchets de poisson, on peut produire 1.000 tonnes de carburants », le projet Agrogasoil prend tout de suite une autre dimension.

Afin d’obtenir un bilan carbone optimal, la fabrication et la livraison du biocarburant se fera dans un rayon de 60 kilomètres autour de l’usine de transformation, qui disposera également d’un méthaniseur pour produire du biogaz. Reste à rassembler les fonds nécessaires au développement de l’opération, soit 2,8 millions d’euros sur dix ans. L’État devrait prochainement verser une subvention à ce projet qui rentre parfaitement dans le cadre du Grenelle de l’environnement.

Philippe Peter

France-Soir, lundi 25 janvier 2010

Publicités