La photo du maréchal accrochée dans la mairie de Gonneville-sur-Mer n’en a pas fini de faire débat. Le premier magistrat de la commune refuse toujours de le retirer.

Début janvier, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) avait demandé au maire de Gonneville-sur-Mer de retirer le portrait de Philippe Pétain accroché dans la salle des mariages de l’hôtel de ville. Bernard Hoyé avait justifié son refus d’accéder à cette requête en précisant que le portrait de l’ancien chef de l’État français était là avant son élection et qu’il n’avait « pas à prendre partie contrairement à la Licra qui n’est pas objective ». Il s’était alors attiré les foudres de plusieurs élus, historiens et associations antiracistes. Dernier coup de gueule en date, celui du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme qui a exigé du gouvernement le retrait de la photographie. Le préfet Christian Leyrit, représentant de l’État dans le Calvados, a indiqué qu’il préférait pour le moment attendre « le point de vue des juristes ». Il a précisé avoir suggéré à Bernard Hoyé d’« enlever » le portrait. Sollicitation à laquelle l’édile a une nouvelle fois répondu par la négative.

Bernard Hoyé semble dépassé par l’ampleur que prennent les évènements. Attaqué de toutes parts, il doit en plus compter avec le soutien gênant d’un ou plusieurs nostalgiques du vichysme. Une photo du maréchal portant la question « Êtes vous plus français que lui ? » avait en effet été placardée vendredi dernier sur le mur du cabinet de l’avocat de la Licra, Me Daniel-Charles Badache, dont le père, résistant juif d’origine lituanienne, avait été déporté à Auschwitz. Le maire de Gonneville-sur-Mer, qui a toujours nié avoir des liens avec le milieu révisionniste, avait alors jugé cette attaque « lamentable ».

Pétain indésirable

Certains historiens et élus s’offusquent également de cette affaire. Jean Quellien, professeur d’histoire à l’université de Caen, explique ainsi que Pétain « a supprimé la République pour mettre en place un état dictatorial ». Il n’aurait donc pas sa place dans une galerie des présidents de la République. De son côté, Jean-Marie Darmian, conseiller général (PS), ne comprend pas pourquoi l’État n’obtient pas le retrait du portrait incriminé alors qu’il a récemment fait effacé, à Billière (Pyrénées-Atlantiques), le Mur des expulsés, une fresque à la mémoire des sans-papiers peinte. Nicole Ameline, députée UMP, soutient par contre Bernard Hoyé en estimant que « la figure du maréchal Pétain a sa place à la mairie » même s’il rappelle un moment douloureux de l’histoire de France.

Philippe Peter

France-Soir, vendredi 22 janvier 2010

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