Contrairement à sa voisine dominicaine, Haïti a depuis son indépendance sombré dans l’instabilité politique et économique.

Le sort semble décidément s’acharner sur Haïti qui est perpétuellement secoué par des troubles politiques depuis son indépendance en 1804. Les coups d’État menés par des factions de l’armée et les élites mulâtres ont succédé à la guerre civile et aux révoltes tout au long du 19e siècle, plongeant l’ancienne perle des Caraïbes dans un état de pauvreté alarmant. Occupé entre 1915 et 1934 par les États-Unis, la première république noire indépendante a ensuite subi le règne dictatorial des Duvalier père et fils de 1957 à 1986. Depuis, malgré les belles annonces des présidents Jean-Bertrand Aristide et René Préval, 80 % de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté et 54 % avec moins d’un dollar par jour. La crise économique de 2008 y a provoqué des émeutes de la faim durant lesquelles une partie de la population s’est vue obligée de se nourrir de galettes d’argile pour survivre.

Du fait de son climat insurrectionnel quasi permanent et de son manque d’infrastructures, Haïti n’attire pas les investisseurs étrangers. Une situation qu’a connu la République dominicaine pendant plusieurs décennies. Après avoir pérennisé son régime démocratique il y a une vingtaine d’années, celle-ci a pourtant réussi à relancer son économie, en grande partie grâce au tourisme. La corruption, qui reste de mise en Haïti, empêche pour l’instant le pays de suivre la voie dominicaine et de sortir de son marasme. Cette nouvelle catastrophe risque malheureusement d’enfoncer encore un peu plus les Haïtiens dans leur misère.

Jean-Bertrand Aristide veut revenir en Haïti

Comme pour compliquer encore la situation déjà chaotique en Haïti, l’ancien président de la République Jean-Bertrand Aristide s’est dit prêt, hier, à « rentrer à tout moment » afin d’apporter son aide aux victimes du séisme et « aider à reconstruire le pays ». Une insurrection armée, qui dénonçait ses dérives mafieuses, et des pressions internationales avaient contraint l’ex-prêtre des bidonvilles à quitter Haïti en février 2004. Installé en Afrique du Sud, il avait à plusieurs reprises exprimé sa volonté de revenir dans son pays, souhait auquel l’actuel président René Préval ne s’était pas formellement opposé. Les États-Unis et la France avaient néanmoins estimé que ce retour d’un « homme du passé » risquait de déstabiliser la vie politique de l’île.

Philippe Peter

France-Soir, samedi 16 janvier 2010

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