Yannick Le Huérou, boulanger à Ploumagoar, cherche à fidéliser ses clients en organisant une tombola dont le gros lot n’est rien moins qu’une voiture !

« Je veux attirer l’attention des gens sur le fait que le bourg se vide peu à peu de ses commerces », explique Yannick Le Huérou, boulanger à Ploumagoar. Installé depuis six ans dans cette commune de 4.400 habitants située juste à côté de Guingamp, il a constaté que sa clientèle se faisait très discrète durant la semaine, tandis que ses ventes explosaient le week-end. « Ils préfèrent acheter leur pain dans une zone commerciale ou en ville, en sortant de leur travail. Mon but est de changer cette habitude qui risque de transformer Ploumagoar en cité dortoir ».

Du coup, Yannick Le Huérou a mis les petits plats dans les grands et a décidé de frapper fort. Pour se faire entendre, il organise tout au long de l’année une tombola dont le gros lot n’est rien moins qu’une voiture ! Jusqu’au 31 décembre 2010, ses clients recevront des cartes de fidélité qui, une fois remplies, seront jetées dans une urne, le tout « sous contrôle d’huissier ». Un tirage au sort désignera début 2011 le grand gagnant. « Chaque carte dispose de 60 cases que nous tamponnons dès 0,48 centimes d’achat, soit une demi-baguette », précise l’artisan. « Plus les gens viendront souvent, plus ils auront de bulletins dans l’urne » et de chances de gagner la voiture, d’une valeur de 11.000 euros.

Un gros investissement

Ambitieuse, la démarche représente un sacré investissement pour le boulanger de Ploumagoar qui a mis près de 7.000 euros de sa poche pour l’achat du véhicule. « J’espère bien sûr me rembourser, mais je veux surtout promouvoir mon bourg et le commerce de proximité », précise Yannick Le Huérou qui avoue néanmoins ne pas souffrir, pour l’instant, de la fuite de sa clientèle qui est en progression constante. Son initiative tient donc plus de la frappe préventive que de l’ultime sursaut d’un commerçant aux abois. « Je veux faire prendre conscience aux gens et aux politiques que la multiplication des zones commerciales met en péril nos entreprises. Je préfère agir en amont que d’attendre la mort de ma boulangerie », insiste l’artisan qui affirme, par ce biais, « défendre ses confrères ».

La boulangerie de Ploumagoar attire en moyenne entre 400 et 500 clients par jour. Yannick Le Huérou espère bien que sa tombola gonflera ce chiffre d’un tiers. « Nous voyons déjà de nouvelles têtes, ça fait plaisir. J’espère que ça va durer ».

Philippe Peter

France-Soir, jeudi 14 janvier 2010

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