« Si cela doit arriver, on ne pourra pas l’empêcher »

Premier adjoint au maire de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), Pascal Popelin est également vice-président du Syndicat des eaux d’Ile-de-France. Sans catastrophisme, il s’inquiète dans son livre de la relative insouciance avec laquelle est abordée la probabilité d’une nouvelle crue massive de la Seine.

France-Soir : Quelle est la probabilité qu’une crue similaire à celle de 1910 se reproduise ?

Pascal Popelin : Cela arrivera, mais nous ne savons pas quand. Cela peut se passer dans 15 jours comme dans 300 ans.

Dans ce cas de figure, de combien de temps disposeront les autorités et la population pour réagir avant l’arrivée des eaux ?

Les spécialistes peuvent prévoir une grande crue sous trois jours. Ce qui laisserait tout juste le temps de prendre des mesures préventives. Au-delà, la crue est plus difficile à anticiper car il faut que plusieurs facteurs météorologiques convergent pour que nous arrivions à une telle situation. Il ne faut donc pas dramatiser les choses, nous ne sommes pas dans un film catastrophe ! Mais une chose est certaine : si cela doit se passer, on ne pourra pas l’empêcher.

Pourquoi alors se lancer dans l’étude d’un cinquième grand barrage-réservoir, dont le coût est estimé à 500 millions d’euros ?

Les quatre ouvrages déjà construits permettent une réduction du niveau des eaux de 70 cm. Cela peut paraître peu mais, en cas de crue comparable à celle de 1910, cela réduira ses coûts, estimés sans ces mesures à 17 milliards euros, de 25 % ! Un cinquième barrage-réservoir signifierait un nouvel abaissement de la crue de 30 cm et une limitation encore plus efficace des dégâts.

Cette nouvelle protection mettrait-elle l’agglomération parisienne définitivement à l’abri ?

Malgré tous les efforts fournis, il sera impossible d’empêcher une nouvelle crue centennale. Par contre, il faut absolument poursuivre les travaux d’aménagement qui permettront de limiter son expansion et sa durée.

De quelle manière ?

Cela passe par les barrages-réservoir mais aussi par l’achèvement de la construction des murettes, sur les quais de Seine. Plusieurs secteurs, notamment en banlieue, n’en sont pas ou mal dotés. Il faut aussi arrêter l’urbanisation en zone inondable et tout faire pour réduire la vulnérabilité des habitations, des entreprises et des différents réseaux de transports ou de distribution d’énergie. Si la RATP, la SNCF et la plupart des musées ont établi des plans d’action en cas de crue, ce n’est pas le cas des particuliers que ne sauront pas quoi faire quand l’eau reviendra.

Quelles seraient les conséquences d’une nouvelle crue ?

Elles seraient plus graves qu’en 1910. Le métro devrait être entièrement inondé pour éviter l’écroulement des tunnels. Le réseau électrique, du fait de son enfouissement, serait coupé, privant environ trois millions de personnes d’électricité.

Propos recueillis par Philippe Peter

France-Soir, mardi 12 janvier 2010

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