La crise économique et l’engouement de certains consommateurs pour d’autres vins effervescents ont eu pour conséquence de faire baisser les prix de certains champagnes.

La crise économique n’épargne plus aucun secteur, pas même celui du luxe jusqu’alors pourtant relativement ménagé par la baisse du pouvoir d’achat. Le champagne, ambassadeur de la gastronomie française, est désormais également touché par la morosité ambiante. Symbole opulent des soirées fastueuses, le « roi des vins » a cette année un peu perdu de sa majesté puisque, pour la première fois, des hypermarchés ont proposé des bouteilles de ce breuvage réputé à moins de dix euros. Des prix cassés qui visent à séduire une clientèle occasionnelle et souvent modeste, au plus près de ses sous ces derniers mois. Ces champagnes bradés restent néanmoins des produits d’appel. Pas question pour les grandes marques de baisser leurs tarifs.

Stocks accumulés

Certains professionnels du champagne, comme le groupe Wranken-Pommery ou les maisons de champagne Nicolas Feuillatte et Taittinger, se sont néanmoins inquiétés de cette politique commerciale qui a séduit un certain nombre de négociants désireux de liquider les stocks accumulés tout au long de l’année au gré des annulations de commandes, notamment celles de plusieurs gros clients étrangers. Rappelons que les viticulteurs ont subi une chute des ventes de 19 % au premier semestre 2009. Leurs réserves sont évaluées à plus d’un milliard de bouteilles. Une crise conjoncturelle qui a vidé les trésoreries de certains opérateurs dès lors prêts à céder à la tentation des prix cassés. Une politique qui risque de dévaloriser l’image du champagne, d’autant que ses concurrents directs se sont, cette année, particulièrement bien vendus.

La fête n’est en effet pas l’apanage du champagne. Les autres vins effervescents français de qualité, tels que les crémants d’Alsace, de Bourgogne ou de la Loire, ont cette année largement séduits les consommateurs. Moins chers que le champagne, ils présentent souvent un bon rapport qualité-prix. Leur image de marque reste toutefois encore bien moins prestigieuse que celle de leur luxueux cousin. D’autres vins de fêtes, étrangers cette fois-ci, remportent également depuis quelques années un succès grandissant comme le cava espagnol ou encore l’asti et le prosecco, originaires d’Italie.

Philippe Peter

France-Soir, jeudi 31 décembre 2009

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