A la tête d’une parcelle de vigne d’une superficie d’un hectare, Suresnes s’est mis en tête d’obtenir pour son vin le label d’identité géographique protégée. Du coup, elle cherche à recruter un vigneron !

Un vigneron en plein cœur des Hauts-de-Seine ? L’annonce est évidemment insolite mais il ne s’agit pourtant en rien d’un canular. Propriétaire d’une parcelle s’étendant sur un hectare et constituée à 80 % de chardonnay et à 20 % de sauvignon, la mairie de Suresnes recherche en effet un viticulteur pour s’occuper de ses quelque 4.800 pieds de vigne accrochés aux pentes calcaires du Mont-Valérien. Une démarche qui s’inscrit dans une logique de développement de cette activité séculaire.

Depuis plusieurs années, la ville cherche en effet à faire renaître le vin de Suresnes. Pas question toutefois de transformer cette activité en folklore, comme sur la butte Montmartre. La municipalité a donc mis les petits plats dans les grands et s’est entourée de grands noms pour relancer sa production viticole. Le critique gastronomique Périco Légasse est ainsi chargé de la vinification. La surface cultivée a également été agrandie d’un tiers et atteint désormais un hectare. De quoi produire en moyenne 6.000 bouteilles par an qui sont vendues sur les marchés, à l’office du tourisme et bientôt sur internet. Suresnes, qui affirme que sa production viticole est la seule d’Ile-de-France à être autorisée à la vente, veut désormais aller encore plus loin. La ville a en effet engagé des démarches en vue d’obtenir le nouveau label d’identité géographique protégée. Elle est aidée en cela par l’Institut français du vin. Une distinction qui viendrait récompenser des années d’efforts.

Un vin réputé

La culture de la vigne à Suresnes ne date pas d’hier puisque du vin y était déjà produit au 3e siècle de notre ère. Ce sont des légionnaires romains qui auraient planté dans la région les premiers pieds de vigne. Par la suite, des moines ont largement développé cette activité faisant du vin de Suresnes un breuvage réputé. Cet âge d’or s’est achevé au 19e siècle avec l’arrivée massive des vins du Bordelais et de Bourgogne, l’urbanisation galopante et l’industrialisation de la région qui a rapidement monopolisé les bras et les terres. Le coup de grâce a été donné par le phylloxéra, un insecte qui a ravagé une bonne partie du vignoble français dans la seconde moitié du 19e siècle. Des pieds de vigne ont été replantés pour la première fois en 1960. Depuis, la viticulture suresnoise connaît un modeste mais durable renouveau.

Philippe Peter

France-Soir, mardi 22 décembre 2009

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