La ville d’Arles rend aujourd’hui hommage aux centaines de travailleurs indochinois venus développer la riziculture en Camargue.

Environ 1.500 travailleurs indochinois furent envoyés en Camargue entre 1941 et 1945 dans le cadre de la MOI (Main d’œuvre indigène). Ils y participèrent à la récolte du sel et au développement de la riziculture. La ville d’Arles leur rend aujourd’hui hommage à l’occasion d’une cérémonie inédite.

Ces « immigrés de force » – selon le titre d’un ouvrage de Pierre Daum – font partie de ces dizaines de milliers de soldats et de manœuvres issus des anciennes colonies françaises que la République a curieusement oublié. On estime à 20.000 le nombre total de ces « ouvriers non spécialisés » venus en 1939 des provinces du Tonkin, de l’Annam et de la Cochinchine. Ils furent tous recrutés par le ministère des Colonies, la plupart de force, pour participer à l’effort de guerre. Débarqués à Marseille au terme d’un voyage long et fatiguant, ils furent relogés dans la nouvelle prison des Baumettes avant d’être répartis dans toute la France. Payés une misère – moins du dixième du salaire d’un travailleur français – ils n’obtiendront jamais de pension pour leurs années travaillées en métropole.

Ouvriers bon marché

La défaite de juin 1940 bloqua ces milliers de travailleurs en France. Ils furent rassemblés en zone libre, dans des camps dirigés par d’anciens officiers coloniaux. Leurs conditions de vie y étaient très précaires ; la faim, les violences physiques et les trafics en tous genres monnaie courante.

Cette main-d’œuvre bon marché ne resta pas longtemps inoccupée et elle fût notamment employée pour des travaux d’assainissement de marais en Dordogne. Certaines entreprises privées s’intéressèrent également à ces manœuvres dont les contrats furent alors directement gérés par le ministère du Travail, à Vichy. Un millier d’entre-eux se retrouvèrent ainsi à récolter le sel chez Pechiney, à Salin-de-Giraud, à une quarantaine de kilomètres d’Arles. 500 autres développèrent la riziculture en Camargue, en procédant notamment au dessalage des parcelles, permettant ainsi la production d’un riz consommable.

La plupart des ouvriers indochinois retournèrent chez eux après la guerre, sauf un millier qui choisit de rester en France. Une trentaine y vivent toujours.

Renseignements : www.travailleurs-indochinois.org

P.P.

France-Soir, jeudi 10 décembre 2009

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