La ville de Saint-Omer a hérité d’un legs bien étrange dont la bénéficiaire doit être une jeune fille prête à se marier avec un non-voyant !

Les affaires de successions révèlent parfois de belles surprises. Le legs Bellanger fait partie de ces dossiers insolites. Sur le testament de ce docteur en médecine, datant du 7 novembre 1942, figure cette étonnante mention : « Je lègue mes valeurs de Bourse à la ville de Saint-Omer pour constituer un fonds devant servir à doter tous les cinq ans une jeune fille sans ressources consentant à épouser un aveugle pour l’assister et le consoler dans son malheur ». Une phrase qui aurait aujourd’hui de quoi faire hurler les associations de défense des non-voyants, mais qui n’avait pourtant rien de choquant à l’époque à laquelle elle a été écrite. Le conseil municipal a d’ailleurs décidé de suivre les dernières volontés du défunt et s’attèle depuis 60 ans à rechercher les potentielles bénéficiaires de ce legs.

Dernier cas en 1950

Cette démarche n’est d’ailleurs pas des plus simples puisque les candidates se font de plus en plus rares. « Le dernier cas remonte à 1950 », raconte Daniel Bas, maire de Saint-Omer. « Une jeune fille devait épouser son fiancé aveugle de guerre et elle a été retenue ». L’amour ne saurait-il plus franchir la barrière du handicap ? En réalité, trouver un tel couple dans la région de Saint-Omer une fois tous les cinq ans n’est pas vraiment chose aisée. Du coup, la municipalité a assouplit les conditions d’attribution de la somme. « Ces dernières années, ce sont surtout des familles, dont l’un des membres est mal-voyant, qui en ont bénéficié », explique l’édile. Les dossiers ne remplissent cependant pas toujours les critères et la municipalité a de ce fait décidé d’aller encore plus loin. « Il n’y avait pas de critères géographiques et nous avons donc élargi la zone de recherche ».

Personne n’a jamais vraiment su pourquoi Pierre Bellanger, né en 1886 à Moulle (dans la communauté d’agglomération de Saint-Omer) et mort à Bize (Nièvre) en 1944 a voulu léguer le fruit de ses placements boursiers à des femmes fiancées à des personnes non-voyantes. Les hypothèses le plus souvent avancées sont sa foi profonde ou encore l’époque très belliqueuse à laquelle il a vécu et qui a malheureusement laissé beaucoup d’aveugles de guerre seuls et sans ressources.

Philippe Peter

France-Soir, jeudi 3 décembre 2009

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