Les sportifs de l’Entente sportive gervaisienne et lilasienne pratique le polo-vélo, un sport à la fois physique et tactique.

Le polo à cheval est déjà en soi un sport qui demande un grande maîtrise. Un œil rivé sur le jeu, l’autre sur la balle, le tout en équilibre sur un destrier puissant, une force de la nature. Certains casse-cou vont pourtant encore plus loin. Maillet dans la main droite, main gauche sur le guidon, ils enfourchent leurs vélos à pignon fixe (sans freins) spécialement modifiés pour l’occasion. Ces sportifs pratiquent le polo-vélo, une discipline née en Irlande en 1891 et apparue pour la première fois en France en démonstration au Moulin-Rouge en 1898.

« Il faut être endurant, bien manier son vélo, avoir une bonne lecture du jeu et bien savoir se placer » pour anticiper au mieux les tactiques de l’adversaire, explique John Pelourdeau, membre de l’Entente sportive gervaisienne et lilasienne (ESGL) depuis 2001. « Et puis, surtout, il ne faut pas avoir peur de chuter car cela arrive tout le temps ! ». Avec ses coéquipiers, ils s’entraînent tous les jeudis soir au stade de Bobigny. Ils préparent le prochain championnat de France qui débutera en février prochain et qui opposera les cinq clubs existant dans l’Hexagone. « L’année dernière, nous n’avons fini que quatrième », mais ils ne désespèrent pas de monter l’année prochain sur le podium. En plus de la compétition nationale, la section polo-vélo de l’ESGL devrait également disputer le championnat d’Europe auquel participe des formations irlandaises et britanniques. Et peut-être même un championnat international qui la mettrait aux prises avec des équipes venues du Canada, des États-Unis ou encore d’Inde.

Beaucoup d’accrochages

Le polo-vélo se pratique à cinq avec trois attaquants, un défenseur et un gardien de but. Le match se joue en deux fois trente minutes sur un terrain de foot. Les règles du jeu sont très précises et ne laissent que peu de place à l’improvisation. « Le maillet doit obligatoirement être tenu dans la main droite et le ballon (de handball) ne peut en aucun cas passer à gauche ». Pas question non plus de mettre le pied à terre lorsque l’on frappe au but. Par contre, par rapport au polo à cheval, l’absence de ligne de balle (une frontière invisible constituée par la trajectoire de la balle en avant et en arrière que le joueur n’a en aucun cas le droit de franchir) offre aux sportifs plus de possibilités d’intervenir dans le jeu. « Nous pouvons tous nous ruer sur la balle » ce qui donne souvent lieu à des accrochages. « Les vélos souffrent beaucoup ; comme ils ont tous une vingtaine d’années, nous sommes obligés de les ressouder assez souvent ».

Les droitiers disposent d’un avantage certain puisqu’ils sont a priori plus adroits dans l’utilisation de leur maillet en bambou. Les gauchers peuvent néanmoins compenser ce handicap par une meilleure maîtrise de leur monture.

Champion du monde

Depuis quelques années, une nouvelle variante de ce jeu insolite est apparue : le polo-vélo urbain. Il se joue sur bitume (ce qui augmente les risques de blessures en cas de chute) sans règles précises, un peu à la manière du football de rue. « Certaines personnes qui pratiquent ce sport sont venus jouer avec nous, mais elles n’ont pas vraiment accroché ».

La Fédération française de cyclisme (FFC) compte aujourd’hui un peu plus de 105.000 licenciés, parmi lesquels une centaine pratique le polo-vélo. Ils seraient également plus de 600 poloïstes hors-clubs. « C’est un sport discret et peu connu, c’est cela qui m’a tout de suite plu ». A 34 ans, John Pelourdeau espère bien à nouveau disputer une coupe du monde de polo-vélo et réitérer l’exploit de 2005. Cette année-là, en Inde, l’équipe de France était parvenue à décrocher le titre suprême.

Philippe Peter

France-Soir, mardi 1er décembre 2009

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