Lisette Vichot a légué 25.000 euros pour le réfection de l’église d’une commune qui n’en possède pas !

L’affaire traîne depuis dix ans et n’a cessé d’empoisonner les relations autrefois amicales de quatre petits villages de Haute-Saône. Par testament, Lisette Vichot, native d’Ormenans, lègue 25.000 euros à la commune voisine de Loulans-Verchamp « pour la réfection de l’église de Guiseuil ». La mairie ne peut utiliser cette somme que dans ce seul et unique but. Problème : le village ne possède pas d’église sur son ban ! Celle de Guiseuil tire en effet son nom du hameau dans lequel elle a été bâtie. Celui-ci est aujourd’hui presque entièrement intégré à Loulans-Verchamp, à l’exception notable de l’édifice religieux en question, du presbytère et du cimetière qui sont rattachés à la petite bourgade de Cenans. Pour compliquer encore un peu la situation, précisons que l’église est en fait la propriété de cinq villages – Cenans, Ormenans, Maussans, Loulans et Verchamp (qui ont aujourd’hui fusionnés) – qui s’en partagent les frais de gestion équitablement. Cette bizarrerie cadastrale est à l’origine de la confusion faite par Lisette Vichot au moment de la rédaction de son testament. Et de la bataille qui oppose depuis 1998 les quatre communes.

Legs détourné

« Loulans-Verchamp a intégré les 25.000 euros dans son budget de fonctionnement et les a notamment utilisé pour payer des travaux décidés antérieurement au versement du legs », explique Daniel Bas, maire d’Ormenans Il estime donc que la coquette somme a été détournée de son objectif initial. « Nous voulons effectuer des travaux importants de restauration de l’édifice. Le coût de ce chantier est estimé à 100.000 euros », une somme colossale pour les quatre hameaux dont la population totale dépasse à peine les 800 habitants. « Nous souhaiterions que le legs soit intégralement utilisé pour ce projet ». Une solution que rejette Loulans-Verchamp dont le maire a par ailleurs refusé de répondre à nos questions. Pour Michel Vichot, frère de la bienfaitrice, il ne fait aucun doute que sa sœur aurait voulu que « la somme soit partagée équitablement ». « Je regrette que sa dernière volonté n’ait pas été respectée, d’autant que l’ancien maire de Loulans-Verchamp était très pratiquant. Ça fait moche… ». Daniel Bas envisage sérieusement de déposer un recours devant la justice afin « de régler définitivement l’affaire ». Son homologue de Cenans serait a priori prêt à le suivre ce qui n’est pas le cas de l’édile de Maussans qui rejette l’idée.

Philippe Peter

France-Soir, mercredi 25 novembre 2009

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