Le photographe aveugle Evgen Bavcar présente jusqu’au 24 décembre une série de clichés du camp de concentration du Struthof. Une exposition émouvante.

Evgen Bavcar, photographe aveugle, a été profondément marqué par sa première visite du camp de concentration du Struthof au début des années 90. « C’est Boris Pahor, un résistant slovène, qui m’a fait découvrir ce lieu tragique. Il y a lui-même été enfermé durant de longs mois ». L’artiste y est depuis retourner à plusieurs reprises. « Je voulais photographier ce lieu de silence qui représente une des périodes les plus sombres du XXe siècle ». Son travail est exposé jusqu’au 24 décembre dans la baraque-musée de ce lieu de détention qui a vu mourir plus de 22 000 déportés entre 1941 et 1944.

Né en 1946 dans ce qui est aujourd’hui devenu la Slovénie, Evgen Bavcar est victime à l’âge de douze ans d’un terrible accident. « J’ai grandi dans une région où la guerre ne s’est jamais vraiment achevée. Les enfants jouaient avec les munitions abandonnées ». L’explosion du détonateur qu’il tenait ce jour-là dans ses mains lui a fait perdre la vue. « J’ai eu de la chance, elle aurait pu m’arracher les bras ».

Quelques années après ce drame, sa sœur lui prête un appareil photo avec lequel il réalise avec succès des portraits de ses camarades. « Je n’ai jamais regardé à travers un appareil photo », explique Evgen Bavcar. Cette phrase peut sembler bien étrange lorsqu’elle sort de la bouche d’un photographe. Elle prend tout son sens quand on sait que l’artiste en question est aveugle ! « Pour moi la photographie est plus une idée qu’une technique », explique-t-il. « Je ne prend pas de photos, je les donne ».

Après des études de philosophie, il consacre sa vie à l’étude de l’image et travaille à partir de 1976 à l’Institut d’esthétique des arts contemporains (IEAC) où il obtient un poste d’ingénieur en 2001. Depuis, il cherche à perfectionner sa technique très particulière. « Je travaille dans l’obscurité, voire la nuit. J’éclaire les objets que je veux photographier et je me sers d’un appareil photo équipé d’un détecteur de lumière ».

Son travail réalisé au Struthof est dédié à toutes les victimes du nazisme. « Il faut ce souvenir de cette période tragique. Quand on ne voit plus rien, on oublie. Moi, j’essaye d’éclairer le passé ».

Renseignements : http://www.zonezero.com/exposiciones/fotografos/bavcar/

Le photographe aveugle, film sur le parcours de Evgen Bavcar, sera projeté le mardi 24 novembre, à 19h30 au centre d’animation des Amandiers (Paris – 20e)

Philippe Peter

France-Soir, lundi 16 novembre 2009

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