Carl Strugnell est le seul Français connu à pratiquer le chessboxing, un sport qui allie capacité de concentration et force physique.

L’accord pourrait sembler dissonant. Les similitudes entre les échecs et la boxe anglaise sont pourtant plus nombreuses qu’on ne le pense et le premier moment de surprise passé, le chessboxing devient presque une évidence. « Les points communs entre ces deux sports ? La notion de confrontation, la stratégie à adopter et la quête perpétuelle de perfectionnement », explique Carl Strugnell, seul chessboxeur recensé pour le moment en France. « Fusionner ces deux sports, c’est trouver le parfait équilibre » entre force physique et réflexion.

Curieuse genèse que celle du chessboxing. Ce sport hybride est en effet né dans une bande dessinée ! Enki Bilal le crée de toute pièce dans Froid Équateur en 1992. En 2003, Iepe Rubingh, un artiste néerlandais, passe de la fiction à la réalité, crée la fédération international de chessboxing (WCBO) et organise le premier combat. Très rapidement, des clubs apparaissent en Allemagne et au Royaume-Uni. Un championnat d’Europe, puis du monde est même organisé.

Les règles du chessboxing sont assez simples, si tant est que l’on connaisse celles des échecs et de la boxe anglaise ! « Le match comprend onze rounds, six de quatre minutes aux échecs et cinq de trois minutes à la boxe », décrit Carl Strugnell. « La table où se trouve l’échiquier est simplement déplacée lorsque les deux adversaires boxent ». Le match s’achève en général par K.O. ou échec et mat.

Premier combat victorieux

Le jeune chessboxeur de 28 ans ne s’est pas intéressé à ce sport par hasard. « Je joue aux échecs depuis l’âge de 6 ans. Je suis ce qu’on appelle un semi-professionnel ». Carl Strugnell approche la boxe en 2003 lors d’un séjour à Los Angeles : « J’ai vécu six mois dans ma voiture, je n’avais pas d’argent. Je gagnais ma vie en faisant payer les gens pour jouer aux échecs avec moi dans les parcs de la ville et je prenais ma douche dans un club de boxe où j’ai vraiment découvert ce sport ». Au début de l’année 2009, il décide de se remettre à pratiquer une activité physique et opte pour la boxe. Il entend ensuite parler du chessboxing et décide de contacter Iepe Rubingh en avril. « Six mois plus tard, je combattais contre lui au Slick (NdlR : foire d’art contemporain qui s’est tenue à Paris fin octobre) et je le battais. C’était mon premier combat ! ». Le tout sous les yeux d’Enki Bilal, visiblement emballé par le phénomène.

Carlouche le Manouche (son nom de scène) est en tout cas sûr d’une chose : « je veux devenir chessboxeur professionnel ! ». D’ici quelques mois, après avoir mis suffisamment d’argent de côté et poursuivi son entraînement de boxe au CS Clichy, il compte donc tenter l’aventure outre-Manche où cette activité est déjà beaucoup plus développée. Elle possède déjà son public qui comprend d’ailleurs une grande proportion de femmes. « Je veux tenter cette aventure, je peux me faire ma place à Londres ». Et pourquoi pas renverser la donne qui veut que pour l’instant, la plupart des chessboxeurs sont d’anciens athlètes du ring.

Le 28 novembre prochain, le Russe Nikolay « The Chairman » Sazhin et l’Allemand Leo « Granit » Kraft se disputeront le titre mondial devant 5.000 spectateurs au palais des sports Ivan Yarygin, à Krasnojarsk (Sibérie).

Renseignements : www.wcbo.org

Philippe Peter

France-Soir, mardi 10 novembre 2009

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