Le paisible village de Lacoste est troublé depuis quelques années par la présence du couturier Pierre Cardin qui a entrepris de restaurer le bourg.


Dans le Luberon, le petit village de Lacoste semble vivre paisiblement au gré des saisons. Pourtant, l’action du couturier Pierre Cardin, qui a entrepris depuis 2001 de restaurer la bourgade, suscite la fronde d’une partie des 400 habitants. Le ton est récemment monté entre l’Association pour le développement harmonieux de Lacoste (ADHL), entrée en résistance contre le célèbre mécène, et la mairie qui a menacé mi-juillet de « déposer un recours auprès des tribunaux pour dénonciation calomnieuse ».

A l’origine de cet incident, une lettre envoyée par l’ADHL au sous-préfet d’Apt pour dénoncer une série d’irrégularités dans les autorisations d’urbanisme délivrées au créateur. « Nous dénonçons ses méthodes, sa stratégie systématique du fait accompli » qui consiste à « commencer les travaux » avant d’en obtenir l’autorisation, s’insurge Bruno Pierret, tête de liste d’opposition lors des dernières élections municipales. Il a aussi une « propension à revisiter les normes architecturales locales ». Et de pointer dans la rue Basse une bâtisse surélevée, des façades retapées ou des fenêtres ajoutées « selon ses propres critères esthétiques ».


« Saint-Tropez de la culture »


« Le conflit est de plus en plus crispé, certains acceptent mal de voir Pierre Cardin imprimer » sa marque, analyse Jean-Charles Géray, sous-préfet d’Apt. « Compte tenu de la multiplicité de ses projets », tous les dossiers n’ont pas pu être déposés dans les normes mais « la régularisation se fait après coup », avoue-t-il. L’édile ajoute que le couturier a contribué à faire « revivre un Lacoste endormi » et qu’il ne semble pas « nuisible » à la réputation et à l’avenir du bourg.

Yves Ronchi, vigneron et président de l’ADHL, s’interroge toutefois sur le fait « qu’une personne privée s’approprie quasiment un village entier ». Le créateur de 87 ans aurait en effet mis la main sur plusieurs commerces et « une vingtaine de maisons », les transformant en chambres d’hôtes pour ses invités ou en galeries d’art. L’idée étant d’en faire « un Saint-Tropez de la culture, sans le côté show-biz ». Pierre Cardin aurait pour cela investi plusieurs millions d’euros. « L’âme du village, c’était sa convivialité, le bonheur de vivre ensemble », raconte, nostalgique, une habitante. « Le tourisme discret, tout sauf Saint-Tropez », conclut Bruno Pierret.


P.P.

France-Soir, jeudi 22 octobre 2009

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