Devenu propriétaire du château de Bridoire après des années de procédure, l’État souhaite désormais s’en débarrasser. Une décision décriée dans la région.


Les membres de l’association de défense de Bridoire n’en reviennent toujours pas. Alors que la Cour de cassation avait rendu en janvier dernier un arrêt autorisant l’expropriation définitive de l’ancien propriétaire de l’édifice médiéval – une première depuis le vote, en 1913, des lois sur les édifices classés – l’État a annoncé, fin juin, sa mise en vente prochaine à un privé. « Avant de quitter ses fonctions, la ministre de la Culture a voulu clore tous les dossiers. Elle préfère revendre le bâtiment au prix du marché de l’immobilier plutôt que de le rétrocéder à une collectivité locale comme cela avait été promis en 2006 », s’insurge Claude Leroy, président de l’association. « C’est un retour en arrière catastrophique ». Pour l’instant, rien n’est encore joué puisque l’annonce officielle de la mise en vente n’est pas encore paru. Lorsque ce sera le cas, les défenseurs de la bastide seront « quasiment impuissants ».

Le château de Bridoire, à Ribagnac, dans la région de Bergerac, avait été acheté en 1978 par la mystérieuse SCI sénégalaise Roume-Boufflers. Cette société fantoche ?uvrait pour le compte d’un des fils de l’ex-empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa. Celui-ci n’a cependant jamais eu l’occasion de profiter de son bien puisqu’un an plus tard l’opération Barracuda a provoqué la destitution et l’exil du monarque mégalomane. Laissé à l’abandon dès 1982, le manoir du XIIIe siècle est alors livré aux pillards « qui embarquent tableaux, tapisseries, meubles, livres et vaisselle ». La demeure de trente pièces sert également de squat, « la parquet étant utilisé comme combustible pour des bûchers ». La déchéance de la bastide dure depuis trente ans et les dégâts occasionnés par ces vagues régulières de vandales sont irréparables.


Partenariat public-privé


Face à cette situation désastreuse, le maire de Ribagnac crée en 1989 l’association de défense de Bridoire. Celle-ci obtient en 1991 la classification de l’édifice par les Monuments historiques, mais elle doit attendre encore douze ans pour que la procédure d’expropriation devienne effective et six autres avant que les anciens propriétaires ne soient définitivement déboutés par la justice française. « Après cette victoire, nous pensions pouvoir lancer les consultations pour un partenariat public-privé », explique Claude Leroy. « Le conseil général s’était dit prêt à racheter le château pour en faire un pôle touristique et trois investisseurs sérieux se sont montrés intéressés ». Cette solution semble d’ailleurs la plus raisonnable dans la mesure où le parc de quarante hectares de même que le chemin d’accès au bâtiment n’ont pas été expropriés ! « Un oubli de l’administration » qui ne pourra pas être rectifié par un éventuel propriétaire privé qui devra donc aménager une nouvelle route et se passer des jardins.

Soutenue dans sa croisade par Xavier Darcos, ministre du Travail et ancien maire de Périgueux, l’association espère bien que la château de Bridoire ne finira pas comme celui de Carloville, à Ecos (Eure). Ce manoir du XIXe siècle a été rasé en 2005. Il était géré par la même mystérieuse SCI sénégalaise. Curieuse coïncidence…


Philippe Peter

France-Soir, vendredi 23 octobre 2009

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