Le guerrier gaulois continue de séduire la planète entière


Avec plus de 325 millions d’albums vendus dans le monde, Astérix est sans conteste le plus grand succès de la bande dessinée franco-belge, loin devant Tintin ou Spirou, deux autres cadors du genre. Retour sur les clés de ce succès international.


Astérix a connu le succès dès la sortie du premier numéro de l’hebdomadaire Pilote, le 29 octobre 1959. Le petit guerrier gaulois moustachu est aujourd’hui devenu un véritable mythe. Traduits dans 107 langues, ce sont déjà plus de 325 millions d’albums qui se sont vendus à travers le monde. « Ce phénomène est indubitablement lié à l’époque à laquelle est né le personnage », explique Jean-Pierre Mercier, conseiller scientifique du musée de la bande dessinée d’Angoulême. « En 1959, le général De Gaulle est au pouvoir. Nous sommes en plein dans les Trente glorieuses et le splendide isolement », précise-t-il. La mode était à l’antiaméricanisme gentillet et au patriotisme grande gueule. Du coup, l’idée d’un village gaulois qui résiste à l’« envahisseur » et qui sauve ainsi l’honneur de la « patrie » fait immédiatement mouche. « Certaines critiques reprochaient à Goscinny et Uderzo de faire de la propagande patriotique à la limite du racisme », rappelle Jean-Pierre Mercier. « Quand on sait que les parents du premier sont des Juifs hongrois et ukrainiens et que le deuxième est le fils d’un immigré italien, cela prête à sourire », ironise-t-il.

En cette fin des années 50, le thème gaulois et, par ce biais, celui des origines de la France est très porteur. Tous les enfants ont alors à l’esprit la fameuse (et fumeuse) rhétorique sur « Nos ancêtres les Gaulois ». Un sujet qui fait grincer des dents à certains puisqu’il est chargé de souvenirs peu reluisants. Massivement repris par les mouvements patriotiques dès la fin du XIXe siècle et, surtout, par Vichy durant la Seconde guerre mondiale, le fier Gaulois n’est pas du goût de tout le monde. Pourtant, le « génie de Goscinny et d’Uderzo » va rapidement dissiper les doutes. « Le sujet de prédilection de Goscinny est la bêtise et il aime tout particulièrement jouer avec les clichés. Il va s’amuser à tourner en dérision les a priori basiques et racistes », commente le spécialiste de la bande dessinée. Capable d’exprimer un trait d’esprit en une seule phrase (« Devenir calife à la place du calife », « Il est tombé dedans quand il était petit » ou encore « L’homme qui tirait plus vite que son ombre »), Goscinny et son humour incomparable vont séduire les lecteurs de tous âges. De son côté, « le graphisme tout en rondeurs et en couleurs d’Uderzo, très inspiré du style Disney, lui permet d’exagérer encore plus les traits de caractère de ses personnages », notamment les plus franchouillards, comme Abraracourcix.

Tous ces ingrédients, qui ont fait d’Astérix une véritable potion magique, ne suffisent néanmoins pas à expliquer le succès de la série qui garde une pointe de mystère. Une chose semble sûre, « un tel phénomène a peu de chance de se reproduire pour la BD franco-belge ». La surabondance de titres et l’arrivée massive des mangas et autres comics ont en effet totalement chamboulé le marché de la bande dessinée qui n’a plus grand choses à voir avec celui des années 50 et 60.


Philippe Peter

France-Soir, mercredi 21 octobre 2009

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