Pionnière de la défense de l’environnement, l’association « Eau et Rivières de Bretagne » vient de fêter ses 40 ans de combat.

En 1969, une association de pêcheurs de saumon fait un constat inquiétant : les poissons se font rares. En cause : la mauvaise qualité des eaux de rivière. « Ils n’ont pas voulu rester les bras croisés » face à ce désastre écologique, se souvient Gilles Huet, délégué général d’« Eau et rivières de Bretagne ». « A cette époque, il n’y avait pas d’association de ce type en France. Le droit de l’environnement était pratiquement inexistant », rappelle-t-il. « Eau et rivières de Bretagne » va contribuer à le forger avec des affaires qui ont fait depuis jurisprudence. Sa plus belle victoire a certainement été remportée l’année dernière lorsqu’elle a obtenu la condamnation par la cour d’appel de Lyon du géant agro-chimique américain Monsanto pour publicité mensongère sur le désherbant « Round Up », présenté jusqu’alors comme biodégradable. « C’est aussi l’association qui est à l’origine du contentieux entre l’Union européenne et l’État français sur la pollution par les nitrates de sources d’eau potable en Bretagne », ajoute Camille Rigaud, son président. Un sursis a pour l’instant été accordé à la France pour mise en conformité avec les directives européennes, mais elle reste sous le coup d’une amende qui pourrait dépasser les 28 millions d’euros.

Éveil des consciences

Depuis 1986, « Eau et rivières de Bretagne » accueille également des enfants en classes d’eau pour leur faire connaître l’importance de cette ressource. 15.000 journées de ce type sont organisées en moyenne par an. L’association les considère comme le « symbole de son travail de fond ». Son rôle de pionnière et son succès, « Eau et Rivières de Bretagne » les doit paradoxalement au développement agricole de la région, où la mutation brutale vers une culture intensive et ses conséquences néfastes sur l’environnement « a éveillé les consciences plus tôt qu’ailleurs » dans la lutte pour la protection de la nature. Très implantée en milieu rural, forte d’un millier d’adhésions individuelles et collectives, avec des associations locales, l’association emploie sept salariés qui se consacrent pour beaucoup à des actions d’éducation et de formation. Un long chemin reste néanmoins encore à parcourir dans cette quête sans fin avant que la région ne soit débarrassée de sa surabondance de nitrates. La situation reste précaire comme l’illustre l’invasion du littoral breton par les algues vertes cet été.

P. P.

France-Soir, lundi 19 octobre 2009

Publicités