Une jeune cavalière professionnelle a accepté de relever un grand défi. Elle travaille depuis six mois avec un poney aveugle.


Certains avaient pensé à le faire piquer. Son éleveuse en a finalement décidé autrement. Roscoff Kersidal, un magnifique poney de compétition aux origines bretonnes exceptionnelles (ses frères sont agréés étalons) vivra malgré son handicap. Car si rien ne le différencie a priori de ses petits camarades, Scoufi, comme il est affectueusement surnommé, a la particularité d’être aveugle depuis l’âge de deux ans et demi. Les causes de cette cécité ne sont pas connues même si les thèses du traumatisme crânien ou de l’accident vasculaire cérébral paraissent les plus vraisemblables. Incapable de venir se nourrir tout seul et encore moins de sauter des obstacles, le jeune poney semblait donc condamné à errer sans but dans un pré du centre équestre d’Avençon, à une trentaine de kilomètres de Reims.

C’était sans compter sur la persévérance de sa propriétaire qui a réussi à convaincre une jeune cavalière de s’occuper de lui. A 20 ans à peine, Adriana Zerafa, qui vient de passer son monitorat, cherchait « un poney de dressage à mettre au travail ». « La première fois que j’ai vu Scoufi, je l’ai trouvé très beau. En plus, il se déplaçait bien, alors quand j’ai appris qu’il était aveugle ça m’a fait bizarre », se souvient la jeune femme qui ne se décourage pas et accepte de relever le défi. « Scoufi n’est pas un poney comme les autres. Il faut faire attention lorsqu’on l’approche car il peut avoir des réactions violentes », avoue-t-elle. « Je lui apporte toujours quelque chose à manger avant de le monter, sinon il a peur ».


Championnat de France


Adriana Zerafa se sert essentiellement de sa voix pour guider sa monture et travaille seule dans la carrière. « Scoufi est effrayé par la présence des autres poneys et part dans tous les sens. C’est très compliqué à gérer en concours », explique-t-elle. Pourtant, en quatre participations à des concours, elle a réussi à la qualifier aux championnat de France de dressage qui ont eu lieu à Saumur fin septembre. Roscoff n’y décrochera que la neuvième place mais l’essentiel n’est pas là : il a prouvé qu’il avait la carrure et le potentiel pour la compétition de haut niveau.

Le chemin parcouru depuis cette première épreuve « catastrophique » où un juge avait estimé que la participation de Scoufi était une « folie » est considérable. Adriana Zerafa ne veut pourtant pas s’arrêter là et compte bien encore faire travailler son poney. La cavalière s’est beaucoup attaché à lui et refuse de penser au jour où elle devra s’en séparer. « Je ne sais pas comment il réagirait si je partais. En tout cas, moi, je serais dégoûtée ».


Philippe Peter

France-Soir, lundi 19 octobre 2009

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