Après cinq ans de négociations infructueuses, les Maitreheu se sont résolus à construire autour d’un monument aux morts situé dans leur jardin.


L’histoire paraît invraisemblable. Depuis 2000, une famille de Bras-sur-Meuse vit pourtant un véritable calvaire. Au sens propre comme au sens figuré. « Avec mon mari, nous avions acheté un terrain sur lequel nous avons construit notre maison », se souvient Anne-Marie Maitreheu. « En 2000, le reste de notre parcelle ayant été viabilisé, nous souhaitions la diviser en quatre parts égales et les léguer à nos enfants », poursuit-elle. Problème : son lopin est traversé par une étroite bande de terre qui ne leur appartient pas. Et ce chemin mène à un monument aux morts qui accueille les dépouilles d’un groupe de militaires français tués le 21 février 1916, en pleine bataille de Verdun.

Pas question pour la propriétaire des lieux de nier le droit de ces soldats à reposer en paix. « Tout le monde a ici un grand respect pour ceux qui sont morts au front et mon mari a d’ailleurs toujours entretenu ce calvaire », explique Anne-Marie Maitreheu qui espérait néanmoins trouver un compromis, à savoir le déplacement de la sépulture en bordure du terrain. « Cela aurait amélioré son accessibilité et simplifié la situation », avoue Julien Didry, maire de la commune. Il a aidé Anne-Marie Maitreheu dans ses démarches. « Cet arrangement est malheureusement illusoire car il nous est impossible d’identifier tous les corps qui sont supposés reposer dans ce tombeau. Si nous y touchons, il y a violation de sépulture », précise-t-il. L’intervention de deux sénateurs et les sollicitations auprès de Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur, n’y changerons rien : la loi est claire et il est inenvisageable de la contourner.


Déplacer la stèle


Malgré cette sinistre présence, Christine, la fille aînée, s’est tout de même décidée à construire sur sa parcelle. Son frère hésite encore car sa maison donnerait directement sur le monument aux morts. « Nous essayons de voir s’il est possible de déplacer uniquement la stèle, sans toucher aux corps », explique Julien Didry. « Tout le monde nous soutient, sans exception, y compris le Souvenir français ». La logique voudrait effectivement que ces poilus trouvent le repos éternel ailleurs qu’en plein milieu d’un lotissement.

Philippe Peter

France-Soir, 9 octobre 2009

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