Il est le dernier survivant d’une famille qui a compté jusqu’à 900 navires. Biche, le dernier thonier à voile breton est actuellement en restauration. Il devrait à nouveau prendre le large en 2011.


Fers de lance de la pêche bretonne jusque dans les années 50, les thoniers à voile ont depuis été remplacés par de lourds chalutiers à moteurs diesel. Leur silhouette ramassée et élégante devenue mythique reste toutefois omniprésente dans les boutiques de gadgets et les bars de marins où l’on aime à se souvenir de ce glorieux passé. A son apogée, la flotte de thoniers dundees comptaient 900 navires de l’île d’Yeu à Camaret. Le port de Groix rassemblait à lui seul près de 300 bateaux. Il ne reste malheureusement aujourd’hui plus qu’un seul de ces joyaux du patrimoine maritime breton. « Beaucoup ont disparu corps et biens en mer, les autres ont été revendus puis transformés », raconte Marc Maussion, président de l’association Les Amis du Biche. « Ils ont depuis été coulés, démantelés ou mis en vasière ».

Le Biche, dernier survivant de cette glorieuse famille, a été construit en 1934 aux chantiers Chaffeteau des Sables d’Olonne pour le compte d’Ange Stephan, patron de pêche groisillon. Dans les années soixante, il est revendu à un club nautique de Zeebrugge (Belgique) où il devient bateau-école, puis il sert de navire de plaisance au Royaume-Uni dans les années 70 et 80. Racheté par le port-musée de Douarnenez, il ne peut être restauré, faute de financements, et pourri lentement sur place.


Un budget d’1,35 million d’euros


C’était sans compter sur l’abnégation d’une bande de passionnés bien décidés à sauver le thonier d’une fin tragique dans une vasière du port finistérien. « Nous avons créé l’association en 2003 avec un objectif clair : restaurer le bateau et le faire à nouveau naviguer », explique Marc Maussion. La tâche n’est néanmoins pas des plus aisées. « Le Biche est très abimé », analyse-t-il. « Les pièces maîtresses sont à changer et les autres doivent subir d’importantes réparations. Au final, seuls 30% du bâtiment pourront être préservés », conclut-il. Mis en cale sèche au chantier du Gruip, à Lorient, le Biche subit donc une véritable cure de jouvence. La nouvelle quille en chêne a déjà été posée. Étrave, étambot, membrures et bordés suivront au fur et à mesure. La mât en pin sera également changé. En tout, près de soixante tonnes de bois seront nécessaires pour permettre à ce voilier de 32 mètres d’aller à nouveau taquiner le thon germon. Cette restauration est aussi un défi technique. « Nous redécouvrons régulièrement des techniques de fabrication aujourd’hui oubliées », explique Marc Maussion. « C’est passionnant, mais cela demande du temps ».

L’association, qui compte environ 500 membres, a déjà rassemblé près de 80% des fonds nécessaires à ce chantier évalués à 1,35 million d’euros. Elle espère bien rapidement boucler son budget, notamment grâce aux dons de généreux particuliers. Si tout se passe comme prévu, le Biche, dans sa nouvelle livrée bleu azur, exhibera dès 2011 sa coque rutilante le long des côtes du Morbihan.


Visite du chantier de Gruip du lundi au samedi de 14 heures à 18 heures. Renseignements : www.biche.asso.fr

Philippe Peter

France-Soir, samedi 3 octobre 2009

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