Des douaniers ont recueilli des échantillons de raisins dans le Bordelais. Ils serviront à l’élaboration d’un vin-étalon qui sera utiliser pour la chasse aux fraudeurs.


Scène inhabituelle dans le vignoble du Bordelais. Sécateur à la main, les douaniers ont joué les vendangeurs d’un jour au milieux des ceps de vigne. Ils étaient chargés de cueillir des échantillons de raisins qui serviront à l’élaboration d’un vin par un laboratoire officiel. Ce breuvage deviendra par la suite un étalon-référence et sera incorporé à une base de données regroupant l’ensemble des vignobles de l’Union européenne. « On obtient une carte d’identité du vin le plus représentatif de la région. Cela nous servira après, en contrôle officiel, à vérifier que la quantité de sucre autorisé par la chaptalisation n’a pas été dépassée, qu’on a bien affaire au millésime revendiqué sur l’étiquette, ainsi qu’à la région d’origine », détaille Bernard Médina, directeur du service commun des laboratoires du ministère de l’Economie de Pessac.

En attendant cette phase très scientifique, dans le vignoble, la cueillette va bon train. « Pour nous, c’est un peu la récréation ! », avoue Gérard Barbe, un des trois douaniers chargés de récupérer environ 25 kilos de grappes sur une parcelle de merlot d’une propriété de Saint-Aignan. Le fonctionnaire, chef du centre de la viticulture aux douanes de Libourne, et ses deux collègues ont été bien accueilli par le maître des lieux. Ne s’agissant pas d’un contrôle d’exploitation mais d’un simple prélèvement d’échantillons, ce dernier n’avait en effet aucun souci à se faire. A la saison des vendanges, des scènes similaires se reproduisent dans toutes les régions viticoles françaises.


6.000 bouteilles en cave


La récolte du jour est ensuite amenée au laboratoire de Pessac où les raisins sont foulés, égrappés, pressés puis vinifiés pour devenir un véritable vin. Chaque année, entre 150 et 200 micro-vinifications sont réalisées dans cette officine, l’une des trois en France travaillant sur le vin avec celle de Montpellier et de Paris-Massy. Pas question d’en faire un grand cru, mais simplement de transformer le sucre en alcool et d’établir l’« ADN » du vin. Celui-ci permettra notamment de révéler les éventuels ajouts en sucre de betterave ou sucre de canne qui sont formellement interdits. Un fraudeur a ainsi récemment été démasqué grâce à cette base de données. Il présentait son produit comme un millésime 2003, une bonne année, alors qu’il s’agissait d’un vin datant de 2002, un cru beaucoup moins recherché. Une quinzaine de cas similaires seraient recensés chaque année. Et les tricheurs n’ont qu’à bien se tenir. Les caves du laboratoire de Pessac renferment quelques 6.000 bouteilles. De quoi procéder à de multiples vérifications dans le futur.

Philippe Peter

France-Soir, jeudi 1er octobre 2009

Publicités