L’association Univers-Sel vient en aide aux producteurs de sel des côtes béninoises et guinéennes. Objectif : permettre à ces travailleurs de vivre dignement de leur labeur.


Source de richesses et de convoitises dès la Préhistoire, le sel a joué un rôle clef dans la conservation des aliments jusqu’à l’invention, au 19e siècle, de la chaîne du froid. Dans les sociétés occidentales, il n’est aujourd’hui plus qu’utilisé pour l’assaisonnement des plats ou pour la préparation de certaines spécialités, comme les navets salés ou le hareng saur. Toutefois, dans certaines régions du globe dépourvues d’appareils frigorifiques, le chlorure de sodium a gardé son statut d’or blanc. « En Afrique, le sel reste un élément essentiel dans la préservation et le stockage des aliments », explique Alain Courtel, fondateur et vice-président de l’association Univers-Sel. « C’est une source de revenus pour des dizaines de milliers de familles », précise-t-il.

Lors d’un voyage au Bénin, Alain Courtel, paludier à Guérande, découvre les techniques d’extraction du sel utilisées dans cette région du globe. « Les femmes récupèrent tout d’abord de la terre salée dans la lagune », raconte-t-il. Une eau gorgée de chlorure de sodium est ensuite récupérée par lixiviation, une méthode qui consiste à faire passer lentement un liquide à travers un solide, comme pour le café filtre. Cette saumure est ensuite mise à cuire. « Le problème est que ce procédé nécessite de grandes quantités de bois et entraîne la destruction des mangroves de palétuviers », déplore Alain Courtel. Le paludier décide alors de créer l’association Univers-Sel en 1989 afin de mettre son savoir-faire au service de ces forçats du sel. Il leur propose une technique alternative utilisant le principe de l’évaporation, comme à Guérande, plutôt que celui de la cuisson.


10.000 producteurs concernés


Devant le succès de son entreprise, le salinier, qui profite de ses vacances pour partir en Afrique, décide de monter un projet similaire en Guinée. « Ce programme, entamé en 1994, est beaucoup plus lourd à gérer puisqu’il concerne plus de 10.000 producteurs locaux », révèle-t-il. Une trentaine de ses collègues, enthousiasmés par son initiative, rejoignent rapidement les rangs de l’association qui parvient à mettre en place « une agriculture durable et pérenne ». « Il n’est pas question pour l’instant de faire de ce sel un produit labellisé commerce équitable », insiste Alain Courtel. « Il y a suffisamment d’acheteurs dans la région, notamment des pêcheurs du Ghana qui l’utilisent pour conserver le produit de leur pêche ».

Univers-Sel, soutenue par le chanteur Yannick Noah, a également développé des programmes de réhabilitation des domaines rizicoles guinéens. 150.000 hectares sont concernés qui permettraient de couvrir 50% des besoins en riz du pays. « Nous n’en sommes néanmoins pas là pour l’instant, il reste énormément de choses à faire », tempère le paludier, « mais nos efforts et ceux de nos collègues africains commencent à porter leurs fruits ce qui est très encourageant ».

Renseignements : www.universsel.org

Philippe Peter

France-Soir, mercredi 30 septembre 2009

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