Quartier choyé lors de sa construction, puis négligé pendant de trop nombreuses années, le Val-Fourré, qui vient de fêter ses cinquante ans, poursuit aujourd’hui sa profonde rénovation engagée dans les années 90.

En août 1959, alors que la France connaît une forte croissance démographique et dans le même temps une pénurie de logements, Pierre Sudreau, ministre de la Construction du gouvernement de Michel Debré, signe un arrêté créant une zone à urbaniser en priorité (ZUP) au Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie.

L’aménagement de la zone s’étale sur plus de quinze ans. Les premières constructions sont achevées en 1963, les dernières en 1977. En tout, 10.000 logements sont bâtis. Ils accueillent environ 25.000 personnes, soit, dans les années 70, la moitié de la population de la ville.

« Avec ses constructions modernes et ses appartements spacieux et confortables pour l’époque, le Val-Fourré a changé le visage de la ville », raconte Michel Vialay, maire (UMP) de Mantes-la-Jolie. Jean-Luc Colonna, 60 ans, confirme : « C’était ce qui se faisait de mieux à l’époque. »

Il a vécu dans le quartier de 1971 à 1987 et se souvient des appartements, des gardiens « comme dans les résidences privées » et du centre commercial.

« Au départ, il y avait beaucoup de classe moyenne, des ouvriers de l’usine Renault de Flins, des populations très mélangées. Et puis la densification a été trop forte, les gens aisés sont partis pour aller vivre ailleurs en pavillons et le quartier s’est appauvri dans les années 80 », regrette-t-il.

Violence et délinquance

Au début des années 90, la ZUP bascule dans le marasme. Le chômage frappe durement des populations déjà modestes. La violence et la délinquance s’installent petit à petit. Le quartier se sent abandonné par les pouvoirs publics.

En 1991, il est le théâtre de violentes émeutes qui font suite à la mort d’un jeune homme et d’une policière. Ces violences ont « collé à l’image de la ville », déplore Michel Vialay. Et le Val-Fourré n’est pas au bout de ses peines. Construits à la hâte, comme cela a trop souvent été le cas dans les 60 et 70, les immeubles vieillissent très mal et manquent d’entretien.

« Habiter dans une tour, c’est invivable : comment faire en cas de panne d’ascenseur quand vous vivez au 10e ou au 15e étage ? », s’emporte Lahbib Eddaouidi, un chargé de communication qui vit dans la cité. « Les sociétés HLM ne font pas le travail nécessaire pour maintenir un niveau de confort acceptable », poursuit-il.

Le quartier semble néanmoins voir poindre le bout du tunnel avec la destruction de treize tours jugées vétustes depuis la fin des années 90. Il manque néanmoins toujours des espaces verts, des aires de jeux pour les enfants ou encore des centres culturels.

Le manque de mixité dans les établissements scolaires est également dénoncé. Preuve des efforts accomplis, Mantes-la-Jolie n’a que très peu été touchée par les émeutes de l’automne 2005.

La municipalité compte bien poursuivre la rénovation de la ZUP en construisant des logements sociaux et individuels. Le Val-Fourré devrait également être prolongé par un éco-quartier dont les travaux devraient commencer en 2012.

Philippe Peter

France-Soir, mardi 22 septembre 2009

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