Une nouvelle Route du patois a récemment été inaugurée près de Béthune. Elle est ponctuée de 27 panneaux illustrés de dessins humoristique en chtimi qui font aujourd’hui débat.


La Route du patois n’est pas une création récente. Ce circuit touristique de 33 kilomètres qui part d’Houdain et s’achève au parc départemental d’Olhain, a en effet été aménagé dans les années 60. Les 27 panneaux qui la jalonnent ont cependant récemment été refaits à neuf afin d’attirer à nouveau les touristes sur les routes de l’Artois. L’humour bien connu des Ch’tis, avec leur incroyable aptitude à l’autodérision, est bien sûr à l’honneur puisque les dessins, plutôt simplistes, sont surtout là pour illustrer des dictons en chtimi comme « Quand l’glaine alle cante pu hiaut que ch’co, i faut li rabatte sin caquet » (Quand la poule chante plus fort que le coq, il faut lui rabattre le caquet) ou encore « Faut toudis s’fier à s’première idée, surtout si in n’a qu’eune » (Il faut toujours se fier à sa première idée, surtout si on n’en a qu’une). Cette idée viendrait d’une tradition ancienne qui consistait à accrocher des plaisanteries aux fenêtres des cafés ou de laisser des proverbes sous les portes des magasins.

Ces messages en patois, chargés de réunir les Nordistes autour d’une identité et de valeurs communes, peuvent-ils choquer. Que penser de « Y-a pas d’doute, après ch’café in bot la goutte » (Il n’y a pas de doute, après le café on en reboit une goutte) ? Vieil adage du Nord ou cliché sur l’alcoolisme supposé de ses habitants ? Si certains ont pu être choqués par ces pancartes, la plupart s’en accommodent très bien, y compris ceux qui se sont installés temporairement ou définitivement à Paris. « Il faut avoir un peu d’humour, si on ne peut plus rigoler », s’insurge Kevin. « Je ne vois pas en quoi cela donne une mauvaise image du Nord », explique-t-il. « Ces messages font partie de notre culture », explique Marion. « Si on trouve ces panneaux choquants, le film Bienvenue chez les Ch’tis l’est également ». Pour la plupart de ces Nordistes exilés, le débat n’a pas lieu d’être. L’important étant de défendre les spécificités du Nord-Pas-de-Calais sans tomber pour autant dans un chauvinisme revendicateur.

Philippe Peter

France-Soir, mardi 22 septembre 2009

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