Cheveux gominés et santiags sont un art de vivre.

Cheveux gominés et santiags sont un art de vivre.

Aux frontières du documentaire et de la fiction, Lucile Chaufour livre un film brut et beau. Un récit intemporel et enivrant au son du rock’n roll.


Trois amis inséparables partagent leur appartenance à la classe ouvrière et leur amour sans borne pour le rock’n roll. Un week-end, ils décident de se rendre au Havre pour assister à un concert. Ils se retrouvent dans une salle vieillotte où la bière coule à flots au rythme des guitares et des bagarres.

Largement inspiré du format Strip-tease, Violent Days fait aussi étrangement penser à C’est arrivé près de chez vous. Sa construction alterne séquences « jouées » et entretiens pris sur le vif. Ces allers-retours permanents donnent du rythme au film et contribuent à gommer la frontière entre le documentaire et la fiction. Impossible de savoir à quelle époque se déroule l’histoire tant la perception du spectateur est troublée. L’image noir et blanc, les Cadillac, et les hordes de blousons noirs portant fièrement la banane et le drapeau confédéré renforcent encore l’aspect intemporel du récit.

Au-delà de cette esthétique soignée bourrée de clins d’œil, Violent Days dépeint surtout une microsociété qui possède ses propres codes et pratiques. L’apparence y est primordiale. Les santiags et les cheveux gominés ne sont pas un déguisement, mais un véritable art de vivre. On fume, on boit, on drague et on se met volontiers sur la gueule. La scène de bagarre, une des dernières du film, est d’ailleurs particulièrement bien ficelée avec une utilisation habile du champ-contrechamp. La précarité sociale, l’état de soumission de la femme et le racisme sont des sujets omniprésents. Un film brut et sans concession. Un ovni à découvrir absolument.

 

 

Philippe Peter

 

 

France-Soir, mercredi 16 septembre 2009

Publicités