Pierre-Yves Moreau et Benoît Lequin ont réussi la prouesse de traverser l’Atlantique nord en catamaran non-habitable. Une première mondiale.


Ils ne sont pas fous mais raffolent tout simplement des défis improbables. Partis de New-York le 24 août, Pierre-Yves Moreau et Benoît Lequin sont arrivés épuisés samedi à Lorient (Morbihan), peu après 14 heures, au terme d’un voyage de 18 jours 18 heures 52 minutes et 45 secondes. Après avoir rallié Dakar à Pointe-à-Pitre en décembre 2007 à bord d’un catamaran de sport non-habitable, ils ont donc réussi le pari insensé de traverser l’Atlantique nord dans cette même embarcation d’à peine six mètres de long. Un challenge à la limite du raisonnable puisque le bateau, qu’ils ont eux-même fabriqué, n’était a priori pas adapté à la navigation en haute mer.

« Après cette épreuve, je dois dire que je suis épaté par la capacité de résistance du corps humain », constate Pierre-Yves Moreau. « Au début de notre aventure, nous dormions entre quatre et cinq heures par jour ; mais sur la fin, à cause des conditions météorologiques, nous n’avons quasiment pas pu nous reposer, c’était très dur », confie-t-il. Dans le golfe de Gascogne, les deux acolytes ont en effet dû affronter un terrible vent de face. Le bateau, balancé par des creux de trois à quatre mètres, tapait en permanence ce qui les empêchait de dormir. « La fatigue était notre pire ennemie », souligne Pierre -Yves Moreau. « Nous n’avions pas le droit de nous endormir lorsque nous étions de quart ; tout relâchement ou erreur de navigation aurait pu s’avérer fatale ». Les deux marins se relayaient donc en moyenne toutes les heures à la barre essayant entre temps de trouver un peu le sommeil sur une étroite couchette abritée sous une tente isotherme. « On peut dire que nous avons vécu pendant 18 jours sur un banc public », plaisante Benoît Lequin.

Chavirage avant l’arrivée


Arrimer le réchaud pour éviter qu’il ne tombe à l’eau, profiter de sa toilette pour changer de vêtements ou encore éviter de perdre la précieuse eau potable produite par le désalinisateur du bateau : chacun de ces gestes demandait une longue et minutieuse préparation et ne tolérait aucune improvisation.

L’équipage, qui évoluait dans un espace très réduit, n’a pas été épargné par les avaries et les petits bobos. « Le quatrième jour, alors que nous nous trouvions au sud de Terre-Neuve, la nacelle s’est détachée des flotteurs ce qui a entraîné une voie d’eau », explique Pierre-Yves Moreau. « Nous avons réussi à effectuer une réparation de fortune qui nous a semblé suffisamment solide et nous avons décidé de continuer notre route ». Les deux partenaires ont néanmoins dû chaque jour écoper près de 40 litres d’eau afin de préserver leurs réserves de nourriture et leurs effets personnels.

Euphoriques à leur arrivée dans le port de Lorient, les skippers ont, l’espace d’un instant, fait preuve de négligence : « Nous avons dessalé à deux mètres de l’arrivée », rugit Benoît Lequin. « C’est à la fois stupide et très frustrant, mais nous n’allons pas bouder notre plaisir ! », conclut-il.

Philippe Peter

France-Soir, lundi 14 septembre 2009

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