Precious, le film de Lee Daniels, a été projeté en compétition vendredi sur la côte normande.

Cinéaste atypique, Lee Daniels a commencé sa carrière comme directeur de casting avant de devenir producteur. Il passe derrière la caméra sur le tard, en 2005, en livrant le déjà très remarqué Shadowboxer. Avec Precious, récompensé au festival de Sundance, il laisse exploser tout son talent.

FRANCE-SOIR. Quelle a été votre réaction après avoir lu Push, le roman de Sapphire, qui a servi de base à l’écriture du scénario de Precious ?
LEE DANIELS. J’étais profondément choqué, presque traumatisé par ce que j’avais lu. Mais en même temps j’étais extrêmement excité par cette expérience sombre. L’histoire de cette fille à qui la vie n’a jamais fait de cadeau m’a totalement bouleversé. Son avenir, c’était la souffrance, la mort. Finalement, sa volonté de vivre la fait triompher de tous ses maux. C’est très fort !

Quand avez-vous décidé d’adapter ce roman pour le cinéma ?
Immédiatement après avoir lu le livre, en 1996. J’en ai parlé à Sapphire, mais elle a catégoriquement refusé. Ce n’était pas une question d’argent, c’est juste qu’elle ne voulait pas. Finalement, je n’ai cessé de lui en parler, je l’ai presque harcelée et elle a fini par céder. Elle a beaucoup aimé le film et c’est pour moi une grande satisfaction.

Precious est un film dur. L’atmosphère n’était-elle pas trop pesante durant le tournage ?
L’ambiance était très bonne et détendue. Nous essayions de rire de tout. Precious traite de sujets difficiles, mais il ne faut pas oublier que cela reste un film. Il faut savoir prendre du recul, sinon il est impossible de travailler sereinement.

Vous considérez-vous comme un cinéaste à part, détaché du strass et des paillettes d’Hollywood ?
Je savais qu’aucun producteur d’Hollywood ne voudrait de mon scénario, pour la bonne et simple raison que l’histoire d’une jeune femme noire obèse n’est censée intéresser personne. On peut, si on veut, me classer dans la catégorie des réalisateurs indépendants, cela m’importe peu. L’essentiel est que le film plaise au public.

Propos recueillis par Philippe Peter

France-Soir, samedi 12 septembre 2009

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