Un glaciologue mène actuellement une étude photographique du glacier du Bionnassay. Elle devrait permettre de mieux comprendre la sensibilité de cette mer de glace au réchauffement climatique.


Son aspect massif et majestueux impressionne toujours les randonneurs. Pourtant, comme tous ses congénères, le glacier du Bionnassay, dans le massif du Mont-Blanc, est en danger. Le réchauffement climatique, qui s’est considérablement accéléré depuis un siècle et demi et les débuts de la révolution industrielle, ne cesse de le ronger. Lentement mais inexorablement. La mairie de Saint-Gervais a donc décidé de lancer une étude photographique qui vise à compléter les connaissances déjà disponibles sur la réactivité de ces « monstres de glace ultra-sensibles » aux variations du climat et, plus précisément, à définir l’évolution du site de Bionnassay.

Fin juillet, Luc Moreau, glaciologue indépendant rattaché au CNRS, a donc placé une appareil photo automatique à 2.560 mètres d’altitude. Ce dernier prend des clichés du Bionnassay toutes les deux heures. Mises bout à bout, comme dans un dessin animé, ces images permettent de mesurer la vitesse de déplacement de la mer de glace. Une entreprise qui demande néanmoins énormément de temps puisque 40 jours de photos ne donnent qu’à peine cinq secondes de film.

« Les glaciers sont un baromètre du climat », a récemment déclaré Luc Moreau. Ils sont « l’élément naturel qui réagit le plus vite à la neige, à la glace, bref au climat, car c’est lui qui les fabrique », a souligné le glaciologue lors de la présentation des premiers résultats de ses travaux. Son étude, la première d’un glacier de la face ouest du Mont-Blanc, s’étalera encore sur plusieurs années avant de donner des conclusions définitives. Celles-ci devraient également permettre de vérifier ou non certaines hypothèses. « C’est un glacier qui a peu perdu en longueur mais sans doute plus en épaisseur. Les résultats de l’étude le confirmeront ou pas », explique le spécialiste. En effet, bien protégé en son front par des chutes de pierres qui limitent vraisemblablement sa fonte, le Bionnassay ne semble avoir reculé que de 200 mètres environ depuis 20 ans, soit quatre fois moins que le glacier des Bossons par exemple.

Cette étude photographique devrait être complétée en 2010 par la mise en place, au sommet et en bas du glacier, de balises chargées de mesurer sa vitesse de fonte. Cela permettra de mieux anticiper ce phénomène et ainsi préparer le stockage du surplus d’eau, voire même de le transformer en énergie hydroélectrique.

P.P.

France-Soir, samedi 19 septembre 2009

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