Jean Ulrich, installé à Puymaurin, enferme de petites cucurbitacées dans des moules en terre cuite de sa création. En grandissant, les légumes prennent des formes insolites.

« Je ne suis pas sculpteur », insiste fermement Jean Ulrich. Ce retraité de 72 ans, domicilié dans la petite commune de Puymaurin (Haute-Garonne) depuis une trentaine d’années, revendique plutôt le titre de créateur de la technique dite du « moulage végétal ». Derrière ce nom barbare se cache un art pour le moins saugrenu dont seul Jean Ulrich semble maîtriser les secrets. « J’enferme une gourde – une variété de cucurbitacées – de la taille d’un œuf dans un moule en terre cuite que je réalise moi-même », explique-t-il. « En grandissant, elle prend la forme de cette prison, un peu comme avec un gaufrier ». Le légume sèche ensuite pendant près d’un an dans un grenier. Sa peau se lignifie progressivement jusqu’à devenir du bois sur lequel l’artiste passe simplement une couche de cire d’abeille. « En résumé, je fais pousser des œuvres d’art en bois ! », plaisante-t-il.

Comment Jean Ulrich en est-il arrivé là ? « Par pur hasard d’abord, puis par passion », confie-t-il. Dès son installation à Puymaurin, il se met à cultiver un potager. Un jour, il récolte une gourde énorme pesant près de 76 kilos. Après séchage, celle-ci n’affiche plus que 1,4 kilos à la balance et a pris l’apparence d’un objet en bois. Intrigué, le vieux baroudeur – il a roulé sa bosse aux quatre coins du monde pendant plus de dix ans – tente alors de donner une forme aux cucurbitacées, mais ses premières tentatives sont des échecs cinglants. « Il m’a fallu dix-huit ans pour trouver la bonne technique », précise-t-il. « J’avais essayé avec des moules en métal, en plastique et même avec des chaussures mais cela ne fonctionnait jamais car la gourde pourrissait ». Seul la terre cuite permet, semble-t-il, au légume de respirer et, surtout, de transpirer.

L’artiste expose ses 58 œuvres d’art dans son « musée du jamais vu », improvisé dans une vieille roulotte déglinguée. Le visage de Bouddha y côtoie celui de la Vierge, de Blanche-Neige ou encore du président François Mitterrand. « Plusieurs visiteurs ont déjà voulu m’acheter mes créations, mais elles ne sont pas à vendre », clarifie-t-il. « Mon seul but est de faire partager ma passion ». Prochain objectif : installer son exposition dans un fourgon et la rendre itinérante.

Tarif unique : 2 € ; renseignements : 05.61.88.79.52.


Philippe Peter

France-Soir, mercredi 16 septembre 2009

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