A l’entrée du bassin d’Arcachon, un curieux spectacle s’offre aux plongeurs. Profondément immergés dans l’eau, une vingtaine de blockhaus n’ont pas résisté à l’irrémédiable érosion de la côte et sont devenus un paradis pour les étrilles et les anémones.


La nature fait parfois bien les choses. Dans le bassin d’Arcachon, elle a ainsi transformé des casemates allemandes, symboles douloureux de l’occupation nazie, en domaine réservé aux moules et aux patelles. Sous l’effet de l’érosion, ces structures, situées à La Teste-de-Buch, non loin de la dune du Pilat, se retrouvent aujourd’hui immergées sous l’océan, pour certaines à près de 20 mètres de profondeur.

Ces bunkers sont des vestiges du Mur de l’Atlantique, une forteresse de béton armé et de barbelés érigée durant la Seconde guerre mondiale, sur ordre d’Adolf Hitler, tout le long de la côte occidentale de l’Europe. Elle était censée empêcher une invasion en provenance du Royaume-Uni, mission à laquelle elle a failli puisque les Alliés ont réussi à débarquer en Normandie le 6 juin 1944.

Les vestiges de ces fortifications, réalisées entre 1943 et 1944 par l’organisation Todt, sont en général encore bien visibles le long des côtes françaises, excepté à un endroit. En effet, dans le bassin d’Arcachon, l’érosion ayant été plus importante qu’ailleurs, la terre a reculé d’environ 150 mètres depuis la fin de l’occupation. Une vingtaine de fortins ont donc été totalement avalés par l’océan alors que la plupart de leurs semblables n’ont, pour l’instant, que les pieds dans l’eau.

Ce patrimoine était depuis longtemps délaissé, mais c’était sans compter sur les recherches de Marc Mentel, un plongeur qui s’est passionné pour ces blockhaus. Après plusieurs années de recherches dans les archives militaires françaises et allemandes, il est parvenu à répertorier et à cartographier les casemates aujourd’hui noyées. « Tout le monde connaissait l’existence de ces bunkers. C’est comme pour les cèpes, chaque plongeur avait son coin mais personne n’imaginait le site dans son ensemble car s’était complètement oublié », explique-t-il. « On les voit mieux que sur terre, les fondations sont plus dégagées. On peut encore traverser les casemates. Les moules et les anémones recouvrent des pans entiers, c’est multicolore », détaille ce spécialiste de « bunker archéologie ». Comme si ces cuirasses de métal et de béton avaient changé leur fusil d’épaule en devenant les derniers représentants du flower power…

P.P.

France-Soir, vendredi 18 septembre 2009

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