Pour son premier film, Neill Blomkamp livre une uchronie spectaculaire et bien rythmée. Plus qu’un simple film de science-fiction, District 9 est aussi une critique originale et décalée du système d’apartheid.

Alors qu’il aurait pu se faciliter la tâche en se projetant dans l’avenir, Neill Blomkamp a choisi de réécrire le passé. Dans District 9, son premier long-métrage, le réalisateur sud-africain imagine la cohabitation improbable entre un peuple extraterrestre, réfugié sur Terre depuis vingt-huit ans, et les habitants de Johannesburg. Parquées dans une township entouré de barbelés, les créatures vivent en totale autarcie. Lors de l’évacuation de ce bidonville géant, un homme contracte un virus qui modifie son ADN. Traqué par ses anciens collègues qui veulent l’étudier, il trouve refuge chez les aliens.

Tourné caméra à l’épaule, une technique très en vogue déjà utilisée pour Cloverfield ou encore REC, District 9 multiplie habillement les angles et les points de vue. Mélangeant faux documentaires, images d’actualités et scènes de fiction classiques, il trouble par son réalisme. Film de science-fiction atypique par son traitement inédit de la question extraterrestre, il constitue également une critique à la fois originale et efficace des maux qui frappent l’Afrique du Sud contemporaine. La situation des aliens, affamés, désœuvrés et cloîtrés dans des taudis, est un focus terrible sur ce qu’a vécu la population noire victime de la politique d’apartheid. La relation étonnante entre les deux principaux protagonistes, un homme et un extraterrestre, aurait pu s’avérer extravagante et abusive. Elle brille par son humanité déconcertante.

Bien sûr, District 9 n’échappe pas aux impératifs que lui assigne sa qualité de film à grand spectacle. Explosions, balles traçantes, courses poursuites et gros méchants satisferont les amateurs du genre. Neill Blomkamp évite néanmoins de tomber dans le piège de la commodité en réalisant un film bourré de rebondissements et esthétiquement très réussi.

Philippe Peter

France-Soir, mercredi 16 septembre 2009

Publicités