Spectacle de désolation hier matin, rue de la Ganzau, située à côté du village des anti-Otan. Photo Philippe Peter

Spectacle de désolation hier matin, rue de la Ganzau, située à côté du village des anti-Otan. Photo Philippe Peter

Les deux journées d’affrontements entre des militants anti-Otan et les forces de l’ordre dans le quartier de la Ganzau, à Strasbourg, ont profondément choqué ses habitants. Ceux-ci se sentent abandonnés par les pouvoirs publics.

« C’est un village de soi-disant non-violents, mais en fait ils cassent tout sur leur passage », hurle Robert, un habitant du quartier de la Ganzau. Il réside à quelques dizaines de mètres seulement du village autogéré des anti-Otan, qui accueillait, hier, plus de 5 000 personnes. « Nous sommes obligés de nous barricader chez nous, c’est quand même un comble. »
Vendredi, lors des violents affrontements qui ont opposé des militants anti-Otan aux forces de l’ordre, des « Black blocks » ont tenté de lui prendre un morceau de tôle pour en faire une barricade. Robert n’a pas hésité une seconde, malgré les grenades lacrymogènes qui pleuvaient aux alentours : « Ne touchez pas à ça, ç’est à moi. Et puis enlevez vos cagoules, je n’aime pas parler à des gens qui n’ont pas assez de cran pour se montrer. »
Hier, la rue de la Ganzau offrait un spectacle de désolation. Six barricades avaient été élevées dans la matinée et du verre brisé était disséminé sur une dizaine de mètres, à l’entrée de la rue. Pas un policier à l’horizon. Une maison, dont la construction avait été stoppée, a été entièrement pillée. La baignoire et le chauffe-eau ont été transformés en mur de protection par les « Black blocks ».

« Pour nous, qui va payer ? »

« Nous nous sentons totalement abandonnés », s’indigne Pierrette. « Le quartier a déjà une mauvaise réputation, ce n’était pas la peine d’en rajouter ». « Merci Monsieur le Maire, ajoute Marlyse. Lorsqu’il s’agit de toucher l’impôt foncier, on nous compare à la Robertsau, mais ce n’est pas là-bas qu’a été installé le village des anti-Otan. »
Les habitants estiment qu’ils ont été mal informés : « Il y a trois semaines, on nous a dit que le village allait s’installer ici, sans nous demander notre avis », explique Pierrette. « Nous savons que le propriétaire de la ferme sera grassement indemnisé, mais pour nous, qui va payer ? »
Malgré les dégâts, certains riverains persistent à soutenir la cause des anti-Otan : « Nous n’avons rien contre les pacifistes, nous sommes même plutôt d’accord avec eux. L’armée coûte trop cher et cet argent pourrait être mieux utilisé », nous confie une riveraine. « Mais tout casser ne sert à rien. »

Philippe Peter
L’Alsace, dimanche 5 avril 2009
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