Aux frontières du documentaire et de la fiction, Lucile Chaufour livre un film brut et beau. Un récit intemporel et enivrant au son du rock’n’roll.


Trois amis inséparables partagent leur amour sans borne pour le rock’n’roll et leur appartenance à la classe ouvrière. Un week-end, ils décident de se rendre au Havre pour assister à un concert. La petite amie de l’un d’entre eux les accompagne. La communauté rockabilly se retrouve dans une salle vieillotte où la bière coule à flots au rythme des guitares et des bagarres.

Violent days n’est pas un film difficile, loin de là. Il demande pourtant une certaine attention sous peine d’en ressortir frustré. Tourné à la manière d’un documentaire, largement inspiré du format Strip tease, il fait aussi étrangement penser à C’est arrivé près de chez vous, le film choc de Benoît Poelvoorde. Sa construction fait alterner des séquences « jouées », qui mettent en scène les personnages principaux, et des interviews prises sur le vif. Ces allers-retours permanents donnent un certain rythme au film et contribuent encore à brouiller les cartes, gommant la frontière entre le documentaire et la fiction. A quelle époque se déroule exactement cette histoire ? Impossible à savoir tant la perception du spectateur est volontairement troublée. L’image noir et blanc à l’ancienne, les Cadillac et autres R18 break, ainsi que les hordes de blousons noirs portant fièrement la banane et le drapeau confédéré renforcent encore l’aspect totalement intemporel du récit qui se place pourtant dans la France d’aujourd’hui.

Au-delà de cette esthétique soignée bourrée de clins d’œil, Violent days dépeint surtout une micro-société qui possède ses propres codes et pratiques. L’apparence y est primordiale. Les santiags et les cheveux gominés ne sont pas un déguisement, mais un véritable art de vivre. On fume, on boit, on drague et on se met volontiers sur la gueule. La scène de bagarre, une des dernières du film, est d’ailleurs particulièrement bien filmée avec une utilisation habile du champ-contrechamp. Si ce monde désuet admet que « le rock vient de la musique noire », le racisme populaire y est paradoxalement bien ancré. Issus pour la plupart du milieu ouvrier, les teddy boys (les fans de rock’n’roll) évoquent également de manière naïve leur situation sociale précaire et la condition de la femme, pratiquement réduite à l’état d’objet qu’on exhibe. Un film brut et sans concession. Un ovni à découvrir absolument.

Violent days, drame, France, 2009, de Lucile Chaufour, avec Frédéric Beltran, Franck Musard et François Mayet, sortie le 16 septembre 2009


Note : 15/20

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