Pour son premier film, Neill Blomkamp livre une uchronie spectaculaire et bien rythmée. Plus qu’un simple film de science-fiction, District 9 est aussi une critique originale et décalée du système d’apartheid.


Alors qu’il aurait très bien pu se faciliter la tâche en se projetant dans l’avenir, Neill Blomkamp a choisi de réécrire le passé. Dans District 9, son premier long métrage, le réalisateur sud-africain imagine la cohabitation improbable entre un peuple extraterrestre, réfugié sur Terre depuis vingt-huit ans, et les habitants de Johannesburg. Pour une fois, les créatures de l’espace ne sont pas violentes. Elles seraient même plutôt du genre inoffensives. Parquées dans un township entouré de barbelés, elles vivent en totale autarcie. La MNU, la société privée chargée de gérer le problème alien, a entrepris de les éloigner de la ville en les déplaçant dans un nouveau camp. Lors de ces opérations de transfert, l’agent Winkus van der Merwe (Sharlto Copley) contracte un virus extraterrestre qui modifie son ADN ce qui lui permet de se servir des puissantes armes extraterrestres jusque là inutilisable par les humains. Traqué par ses anciens collègues qui veulent le disséquer et l’étudier, il trouve refuge dans le district 9.

Tourné caméra à l’épaule, une technique aujourd’hui très en vogue déjà utilisée pour Cloverfield ou encore le très réussi REC, District 9 multiplie habillement les angles et les points de vue. Mélangeant faux documentaires, images d’actualités et scènes de fiction classiques, il trouble par son réalisme. Film de science fiction atypique puisqu’il traite de la question extraterrestre de manière inédite, il constitue également une critique à la fois original et efficace des maux qui frappent l’Afrique du Sud contemporaine. La situation des « crevettes », affamées, désœuvrées et cloîtrées dans un bidonville géant, fait terriblement penser à celle de la population noire victime de l’apartheid. La relation étonnante entre Winkus et l’extraterrestre Christopher Johnson (Jason Cope), unis dans la même quête, aurait pu s’avérer extravagante et abusive. Elle brille par son humanité déconcertante.

Bien sûr, District 9 n’échappe pas aux impératifs que lui astreignent sa qualité de film à grand spectacle. Explosions, balles traçantes, courses poursuites et gros méchants satisferont les amateurs du genre. Neill Blomkamp évite néanmoins de tomber dans le piège de la commodité en réalisant un film bourré de rebondissements et esthétiquement très réussi.

District 9, science-fiction, Nouvelle-Zélande/Afrique du Sud, 2009, de Neill Blomkamp, avec Sharlto Copley, Jason Cope et David James, sortie le 16 septembre 2009


Note : 13/20

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