Alors que des centaines d’immigrés clandestins sénégalais, fuyant la misère et le chômage, risquent chaque jour leur vie pour rallier les Canaries à bord d’embarcations de fortune, leur compatriote Omar Ba s’est servi de leur tragédie pour garnir son compte en banque. En 2008, l’homme publie Soif d’Europe. Témoignage d’un clandestin (Éditions du Cygne). Il y décrit un périple qui l’aurait mené de Dakar à Paris, en passant par Melilla, la Libye ou encore l’île de Lampedusa. Son histoire poignante est immédiatement relayée par les médias. Pendant un an, Omar Ba donne des interviews et écume plateaux de télévision et radios sans qu’aucun journaliste ne remette en cause la crédibilité de ses écrits. Son récit est pourtant bourré d’incohérences que la diaspora sénégalaise ne tarde pas à dénoncer. « Il s’est servi du malheur de ses frères pour gagner de l’argent facile », fulmine l’artiste sénégalais Bathie Ngoye Thiam dans les colonnes du Monde. « Le problème de fond, c’est qu’(il) disait aux médias occidentaux ce qu’ils voulaient entendre », déplore-t-il. L’homme n’a en réalité jamais tenté de franchir les barbelés de Melilla, ni même dormi dans les rues de Paris. Il n’a pas non plus été expulsé. Omar Ba est arrivé en France en 2003 avec un visa d’étudiant. En 2005, il s’inscrit à l’École des hautes études en sciences sociales mais y brille par ses absences. Radié pour avoir fourni de fausses attestations, il se retrouve dos au mur et s’invente une histoire, espérant ainsi obtenir un titre de séjour. Satisfait mais pas rassasié de sa notoriété soudaine, l’imposteur commet l’erreur de publier un deuxième essai sur le même sujet il y a quelques semaines. Le coup de trop…

Philippe Peter

L’Humanité, jeudi 9 juillet 2009

Publicités