Sénat. La proposition de loi sur le travail du dimanche, combattue par la gauche, ne fait toujours pas consensus au sein de la majorité.

« La proposition (de loi) ouvre la porte à la généralisation du travail le dimanche », a expliqué André Lardeux, sénateur (UMP) du Maine-et-Loire. « C’est un changement sociétal qui ne veut pas dire son nom », a-t-il précisé. Ces déclarations sans équivoque illustrent les dissensions qui règnent au sein de la majorité alors que l’examen de la proposition de loi sur le travail du dimanche doit s’achever aujourd’hui au palais du Luxembourg. Une poignée de sénateurs UMP récalcitrants refuse encore et toujours de voter en faveur du texte. « Passer du temps sur un terrain de sport ou dans la nature serait plus profitable que de déambuler dans une galerie marchande », a encore affirmé le sénateur Lardeux, chef de file désigné des opposants UMP à la proposition de loi, ajoutant qu’« il n’y a pas besoin d’être un pousseur de chariot pour être un bon citoyen ». Du côté de l’opposition, on a fustigé « l’inutilité économique de la mesure » et l’espoir d’une relance de la consommation grâce à l’ouverture des magasins le dimanche : « Si le travail dominical était un remède à la crise, nous le saurions ! » a ainsi plaisanté le sénateur (PRG) du Cantal Jacques Mézard. Pour Isabelle Pasquet, sénatrice communiste des Bouches-du-Rhône, la réforme du travail dominical est « un enjeu de classes, un enjeu pour le modèle social de notre pays et son droit du travail ».

Dans les rangs de la majorité, on tente, tant bien que mal, de défendre le texte du député (UMP) Richard Maillié. « Nous ne souhaitons pas que le travail du dimanche devienne une généralité, mais nous refusons que le respect des traditions fasse le lit de l’archaïsme », a déclaré, sans franche conviction, le sénateur (UMP) Alain Gournac. Lors de ces discussions au Sénat, le ministre du Travail a été, à plusieurs reprises, mis face à ses propres contradictions. En banalisant le travail dominical, Xavier Darcos fragilise en effet la « cellule familiale », puisque de nombreux parents risquent d’être amenés à travailler le week-end. Alors qu’il était en poste à l’éducation nationale, il avait pourtant affirmé vouloir protéger la famille, ce qui avait motivé sa décision de supprimer l’école le samedi. Certes, il n’est pas interdit de changer d’avis… Malgré trois modifications et un vote favorable la semaine dernière à l’Assemblée nationale, il ne semble pour l’heure pas certain que le texte soit adopté jeudi soir.

Philippe Peter

L’Humanité, jeudi 23 juillet 2009

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