Parti socialiste. Depuis le congrès de Reims, Martine Aubry est la cible des fortes têtes du PS. À croire que certains souhaitent sa mort et celle du parti.

Le devenir du Parti socialiste est la controverse de l’été, par médias interposés. Le Journal du dimanche exploite particulièrement le filon. Il y a une semaine, il consacrait deux pleines pages à commenter le jugement du philosophe Bernard-Henri Lévy, qui appelait de ses voeux la dissolution du PS. Hier, c’est Manuel Valls qui tenait le premier rôle. Une nuance le distingue de BHL : le PS, dit-il, n’est pas encore tout à fait mort. Il survivra à la tempête si, fidèle à sa boussole, il sait réviser son cap, changer sa voilure et modifier le fonctionnement à son bord. Nul n’ignore donc que Valls aimerait conduire le parti vers une acceptation totalement assumée du social-libéralisme et des alliances avec une partie de la droite.

Malade et à la dérive

Le 15 juilllet, le député de l’Essonne s’était exprimé sur le même thème : « Je ne te cache pas ma profonde inquiétude sur ta conception très datée du parti. » Une rafale assassine et facile lâchée par Manuel Valls, en réponse à la lettre de remontrance que lui a adressée Martine Aubry et dans laquelle elle demandait au maire d’Évry de « cesser ses attaques à l’encontre du PS » ou de le « quitter ». Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres, rue de Solferino. Le 17 juillet, par le biais de son blog, Julien Dray, plutôt que de temporiser, en rajoute une couche en déplorant le fait que « Martine Aubry se concentre désormais sur la dénonciation publique de camarades », qualifiant le Parti socialiste de « grand corps non seulement malade, mais à la dérive ». Pour Arnaud Montebourg, le PS, « est tombé dans le formol ». Le 21 juillet, Jack Lang, estime que « le PS est devenu un arbre sec depuis trop longtemps », tout en apportant son « soutien personnel et amical à Martine Aubry » Enfin, dans The Financial Times, Manuel Valls, porté par une vague de Tontons flingueurs, renchérit : « Faute d’affronter les conséquences de la mondialisation de l’économie et de l’individualisation, la gauche s’est progressivement enfermée dans une vision dépassée du monde. »

Ce n’est pas la première fois que la première secrétaire du Parti socialiste est prise pour cible par son entourage. En fait, cela n’arrête pas depuis son élection à la tête des affaires solferiniennes. En succédant à François Hollande, après le congrès de Reims en novembre 2008, la maire de Lille savait qu’elle aurait à gérer les nombreuses dissensions qui règnent au sein du PS. En premier lieu le cas Royal, candidate deux fois malheureuse, qui semble depuis être devenue sa meilleure ennemie. Ce qui n’est pas le cas de ses anciens soutiens, dont les attaques fusent depuis quelques mois. Jack Lang avait ainsi décrit le PS comme « une sorte de vide sidéral [dont] l’encéphalogramme est plat », ne comportant « pas d’idées ou peu d’idées » si ce n’est « un anti-sarkozysme primaire et destructeur qui tient lieu de programme ». Le député socialiste, qui joue au chat et la souris avec l’Élysée depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, est pourtant mal placé pour donner des leçons à ses petits camarades. Arnaud Montebourg, pourtant secrétaire national à la rénovation, avait quant à lui estimé que le PS « ressemble à la RDA » car Martine Aubry refuse, pour l’instant, de débattre de la question des primaires. Le député de Saône-et-Loire a d’ailleurs décidé de passer outre la position de son chef en organisant une université d’été off à La Rochelle et en brandissant la menace d’un vote militant sur ce sujet. François Hollande, qui avait réussi à maintenir une certaine cohésion au sein du parti de la rose, semble lui aussi prendre un malin plaisir à mettre des bâtons dans les roues de son successeur. Seul Dominique Strauss-Kahn, confortablement installé dans son fauteuil de directeur du FMI, préfère, pour l’instant, se tenir à l’écart de ces querelles intestines.

Machine à fusiller

L’affaire Valls ne serait-elle alors qu’un égarement de plus ? C’est souhaitable, même si depuis deux semaines la machine à fusiller la première secrétaire du PS semble s’être totalement emballée. Au point que Martine Aubry en soit venue à préciser, sur RTL, de manière posée et déterminée, qu’elle était « soutenue par la majorité des socialistes », notamment par les parlementaires. Elle affirme également n’avoir « jamais pensé à démissionner » de son poste. Rappelons que plusieurs leaders socialistes, dont Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, Jean-Marc Ayrault ou encore Laurent Fabius, ont appelé les détracteurs de la première secrétaire du PS à cesser leurs attaques et à participer à la rénovation du parti.

Philippe Peter

L’Humanité, lundi 27 juillet 2009

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