Trop cher, pas assez puissant, (déjà) trop vieux… Les raisons évoquées pour expliquer l’échec commercial du dernier-né de la firme Dassault sont nombreuses. Pourtant, sur le papier, le Rafale a tout pour plaire. Grâce à ses plans canards et, surtout, ses systèmes de commande de vol électrique en fibre optique, le Rafale est particulièrement manœuvrant, y compris à haute vitesse. D’ailleurs, pour ceux qui ont déjà eu l’occasion d’assister à une présentation Alpha de l’appareil, le résultat est particulièrement impressionnant puisqu’il est capable d’enchaîner virage à plat sur renversement avec une dextérité insolente. Sa cellule, réalisée à 50% en matériaux composites, en fait un avion de combat semi-furtif et le casque à visière holographique qui équipe les pilotes du Rafale assure une très bonne interface homme-machine.

Le Rafale souffre néanmoins de quelques défauts, parmi lesquels une motorisation (deux réacteurs Snecma M88-2 développant 50 kN chacun) jugée poussive. C’est d’ailleurs l’un des arguments avancés par les Emirats arabes unis pour faire traîner la signature d’un contrat de commande avec Dassault. Il est vrai que les concurrents du Rafale disposent tous d’une puissance plus importante assurant, notamment, de meilleures accélérations. Autres problèmes : le radar (bientôt modernisé) mais surtout le prix de l’appareil. Le coût unitaire d’un Rafale C est de 89 millions d’euros (le programme a quant à lui nécessité un investissement de près de 40 milliards d’euros depuis son lancement en 1983), auxquels il faut bien entendu ajouter le coût d’entretien de l’appareil, celui de l’équipement et de l’armement.

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Le Dassault Rafale, avion de combat de quatrième génération, compte à l’heure actuelle quatre concurrents directs qui s’exportent tous plutôt bien. Du fait des retards pris par le programme (problème qui a également touché le Rafale entré en service près de vingt ans après son premier vol !), l’Eurofighter Typhoon a vu son coût unitaire exploser. L’avion de combat européen vaudrait désormais 146 millions d’euros pièce (audition de Charles Edelstenne, PDG de Dassault Aviation, L’industrie de défense dans la perspective du Livre blanc, 30/04/2008), soit 1,6 fois le prix du Rafale. Il s’exporte néanmoins mieux que l’appareil français – pour l’instant en Autriche et en Arabie Saoudite – essentiellement pour des raisons politiques. Le Lockheed F-35 Lightning II, dont le premier exemplaire devrait entrer en service d’ici 2012, a lui aussi vu son coût augmenter dangereusement, passant de 45 à 72 millions d’euros pièce à l’heure actuelle. Ce chiffre va certainement encore augmenter dans les années à venir même si plus de 2000 appareils ont déjà été commandés par près d’une dizaine de pays. Le Saab J-39 Gripen est quant à lui nettement moins cher que le Rafale avec un coût unitaire d’environ 50 millions d’euros. L’appareil suédois est néanmoins inférieur aux autres appareils de quatrième génération. Enfin, le Chengdu Aircraft Corporation J-10 est un sérieux concurrent puisque, grâce à son coût unitaire très faible, il entend s’attaquer aux marchés ayant les plus faibles moyens financiers, notamment en Asie, en Afrique ou au Moyen-Orient. Le Pakistan en sera d’ailleurs très prochainement équipé. D’ici quelques années, les Etats-Unis se décideront peut-être à exporter le Lockheed F-22 Raptor, avion de chasse furtif, dont le prix est évalué à au moins 260 millions d’euros pièce.

D’autres pays font des choix discutables en matière de renouvellement de leur flotte aéronautique en écartant les avions de combat de quatrième génération. C’est notamment le cas de la Corée du Sud ou de Singapour qui ont choisi l’acquérir la dernière version du Mc Donnell Douglas F-15 Eagle (un avion dont la conception remonte aux années 60) ou du Maroc dont le choix s’est porté sur le General Dynamics F-16 Fighting Falcon (premier vol en 1974). Ces appareils ont certes fait leurs preuves et leur prix d’achat est nettement moins élevé que celui des dernières nouveautés, mais ils sont aujourd’hui dépassés. Du fait de la réduction des budgets de défense et des fortes pressions exercées par les Etats-Unis, ces avions  sont à l’heure actuelle les concurrents les plus dangereux pour le Rafale.

En terme de performances et de caractéristiques de vol, l’appareil de la firme Dassault est incontestablement supérieur au Saab J-39 Gripen et l’emporte très certainement aussi sur le J-10, de conception beaucoup simple, même si aucun combat simulé n’a encore été organisé entre les deux appareils. Le Rafale s’avère également globalement meilleur que l’Eurofighter Typhoon, notamment enterme de furtivité et d’électronique embarquée. Reste le F-35 qui n’est pour l’instant pas encore entré en service et dont les capacités sont encore assez mal connues.

Alors pourquoi le Rafale ne s’exporte-t-il pas ? Essentiellement pour des raisons stratégiques (les avions de quatrième génération sont issus de programme datant de la fin de la Guerre froide et ne sont pas vraiment adaptés aux nouveaux champs de bataille), économiques (le Rafale est beaucoup plus cher que des avions de troisième génération modernisés) et politiques (c’est un avion français). En fait, le Rafale a besoin d’un premier contrat à l’étranger pour lancer sa carrière à l’exportation. Peut-être viendra-t-il des Emirats arabes unis, mais à quel prix…

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