59,4%. C’est le chiffre record de l’abstention, en France, pour les élections européennes du 7 juin 2009. Seuls deux Français sur cinq ont daigné se déplacer pour désigner leurs députés au Parlement de Strasbourg. Une véritable saignée. C’est vrai qu’il y avait mieux à faire en ce triste dimanche de printemps, entre la fête des mères, la finale du tournoi homme de Roland Garros ou encore un lendemain de cuite à soigner. Les électeurs français ne sont pas les seuls à avoir boudé l’Europe, puisque l’abstention a également atteint des sommets en Espagne (54,1%), en Allemagne (57,5%), au Royaume-Uni (59,3%) ou encore en Slovaquie, qui décroche la palme d’or avec un taux de participation d’à peine 19,7% ! L’Italie semble quant à elle avoir trouvé un intérêt dans ces élections (67% de participation), alors que les chiffres belges (9% d’abstention) sont à relativiser puisque le vote y est obligatoire.

Que penser de ces résultats ? On pourra toujours mettre cette déroute sur le dos d’une Europe technocratique qui ne déchaîne pas les foules. Une Europe anonyme, méconnue des citoyens. C’est en tout cas ce que beaucoup veulent nous faire croire. Et il est vrai qu’à force de rabâcher ce discours, les médias ont peut-être réussi à dissuader certains électeurs d’aller voter. Pourtant, rares sont les journaux qui accordent une place conséquente et exclusive aux questions européennes. Il existe bien des pages « Politique » ou « France », mais pas de trace d’une véritable rubrique « Europe » en général directement intégrée dans les pages « Monde ». A ce compte-là, pourquoi ne pas jeter la pierre aux journalistes ?

L’Europe politique manque cruellement de visibilité. Qui connait le nom de son eurodéputé ? Qui connait le nom du président de la Commission européenne ? Du fait de son manque de médiatisation, l’Union européenne n’intéresse plus, si tant est qu’elle l’ait déjà fait. Les choses pourraient être différentes si l’on accordait une place plus importante aux questions européennes, qui sont, après tout, aussi des questions de politique intérieure.

Le manque d’intérêt pour l’Europe n’est néanmoins pas la seule explication à cette déroute électorale. Le problème réside dans le fait que de plus en plus de Français se détournent de la politique en général et, du même coup, du jeu démocratique. Malgré l’émoi qu’avait suscité la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, plus d’un cinquième des électeurs inscrits n’était pas allé voter le 05 mai 2002. Sans commentaire.

Bien sûr, le droit de vote n’est pas une obligation et ne doit pas le devenir. La solution belge – qui sanctionne l’abstention par une amende – ne fait que contourner le problème et restreint ce qui est avant tout une liberté en la transformant en contrainte. Reste que la situation est catastrophique. Les abstentionnistes n’ont pas tous des motivations idéologiques les incitant à ne pas aller voter Ils ne sont pas tous anarchistes, cela se saurait ! Alors, comment expliquer ces chiffres ? La fainéantise peut-être, la bêtise sûrement ou encore le manque de recul par rapport à ce que signifie le droit de vote : une liberté fondamentale pour la défense de laquelle des centaines de milliers de personnes sont mortes par le passé, d’autres luttant encore chaque jour pour son avènement dans la majorité des états de la planète, où la démocratie n’est qu’un leurre. Sanctionner ne servirait à rien. Il faut éduquer les futurs citoyens dès leur plus jeune âge. Car le droit de vote est aussi un devoir, si ce n’est qu’un devoir de mémoire.

Publicités