Les eurodéputés ont adopté, le 6 mai dernier, une réforme du règlement intérieur du Parlement européen annulant la règle selon laquelle le doyen d’âge de l’instance présidait sa séance inaugurale.

Après les élections européennes, qui se dérouleront du 4 au 7 juin 2009, il est probable que le doyen du Parlement ne soit autre que Jean-Marie Le Pen qui a, en effet, de fortes chances d’être réélu dans sa circonscription du Sud-est de la France. Devant cette éventualité, les eurodéputés ont donc décidé d’agir. Déposé par les présidents des deux plus importants groupes politiques du Parlement européen, le socialiste allemand Martin Schulz et le conservateur français Joseph Daul, l’amendement annulant la règle du doyen d’âge a été plébiscité par une écrasante majorité.

Peut-on se féliciter de ce résultat ? Pas vraiment. La modification du règlement intérieur du Parlement européen pour empêcher le président de Front national de présider la séance inaugurale du 14 juillet prochain ne semble ni très habile, ni très démocratique. Aurait-on fait la même chose si le doyen avait été un élu du GUE ? C’est peu probable. Si l’on accepte de considérer le Front national comme un parti démocratique, si l’on accepte sa participation à des élections démocratiques, pourquoi sanctionner son chef lorsqu’il a l’occasion de prendre la parole au sein de l’hémicycle de Strasbourg ? Peut-être parce qu’il est l’un des leaders du mouvement souverainiste, connu pour son rejet d’une Europe politique. A ce moment-là, autant interdire aux partis anti-européens de participer aux élections européennes.

Les récentes déclarations sulfureuses de Jean-Marie Le Pen concernant la Shoah ne peuvent pas non plus vraiment justifier cette décision, puisqu’elles ne sont pas les premières qu’il ait faites à ce sujet. Bien sûr, on pourra toujours se féliciter du fait que l’Europe a fait barrage au leader d’extrême-droite. Le gain risque néanmoins d’être minime puisque Jean-Marie Le Pen saura utiliser, comme il le fait systématiquement, cet évènement pour, une fois de plus, se présenter comme l’éternelle victime d’un système qui, selon lui, n’a eu de cesse de la diaboliser depuis son entrée en politique.

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